L’envolée de l'or réveille des trésors familiaux que beaucoup avaient oubliés. Avec une progression de plus de 40 % sur un an glissant en euros, un record à 4 521 euros l’once fin janvier 2026 et un cours qui reste autour de 4 000 euros en mai après une correction de printemps, le lingot rangé dans le coffre depuis trente ans ou les pièces héritées de la grand-mère valent soudain plusieurs dizaines de milliers d’euros. Vendre, transmettre, déclarer, autant de questions qui se posent aux héritiers comme aux acheteurs récents.

La fiscalité de l’or est pourtant l’une des plus singulières du paysage patrimonial français. "Il n’y a pas de déclaration annuelle, comme c’est le cas pour les placements financiers, c’est uniquement une déclaration, une seule, à la vente", résume Étienne Brois, consultant en ingénierie patrimoniale et auteur de Protéger son épargne avec l'or et l'argent, paru aux éditions Eyrolles fin mai. Cette discrétion fiscale prend toute sa dimension au moment de la transmission, où un mécanisme méconnu peut faire économiser plusieurs dizaines de milliers d’euros aux héritiers.

Pas de déclaration annuelle, deux régimes au choix à la revente

L’or d’investissement, qu’il soit en lingots ou en pièces, ne produit aucun revenu imposable. Pas de dividendes, pas d’intérêts, pas de loyers. Tant que le métal reste au coffre, l’épargnant n’a rien à déclarer chaque année, contrairement à un livret bancaire, à une assurance-vie ou à un compte-titres. L’or physique n’entre pas non plus dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) depuis sa création en 2018, et l’achat est exonéré de TVA depuis le 1er janvier 2000. Une discrétion fiscale qui contraste avec la fiscalité des produits financiers classiques.

La taxation intervient uniquement au moment de la vente, et deux régimes coexistent pour les lingots coulés et les pièces sans cours légal type Napoléon ou Marianne Coq. La taxe forfaitaire sur les métaux précieux (TMP) à 11,5 % s’applique par défaut sur la totalité du prix de vente, dès le premier euro et sans condition de durée. Le vendeur peut aussi opter pour le régime de la plus-value à 37,6 % en 2026, taux relevé depuis le 1er janvier par la hausse de la CSG à 10,6 % dans la loi de financement de la sécurité sociale. Ce régime ne porte que sur le gain réel, avec un abattement de 5 % par an dès la troisième année, et conduit à une exonération totale au-delà de 22 ans de détention.

Le cas le plus fréquent en France reste celui du lingot hérité sans facture, glissé dans la succession d’une grand-mère qui l’avait acheté dans les années 70 sans toujours conserver le bon. Faute de justificatif nominatif, l’héritier ne peut pas opter pour le régime de la plus-value et bascule automatiquement sur la TMP à 11,5 %. Sur une vente à 100 000 euros, la taxe atteint 11 500 euros et il reste 88 500 euros nets dans la poche du vendeur. Les bijoux, jetons, pièces de collection antérieures à 1 800 et lingots frappés relèvent d’un régime distinct, avec une taxe forfaitaire abaissée à 6,5 % et une exonération totale en dessous de 5 000 euros par vente, règle utile pour les petites quantités transmises de génération en génération.

À la transmission, la plus-value du défunt s’efface

Le mécanisme le plus contre-intuitif intervient à la succession. L’or rentre dans la masse successorale et reste soumis aux droits de succession habituels, calculés selon le lien de parenté et après abattements (100 000 euros par enfant tous les quinze ans en ligne directe, premier euro taxable au taux de 5 %). Mais une particularité change tout du côté des héritiers, la plus-value accumulée du vivant du défunt est purgée. "Vos enfants héritent de ce montant-là et il y a une purge de la plus-value", confirme Étienne Brois.

La conséquence pratique est massive. Le prix de revient fiscal des héritiers devient la valeur au jour du décès, et non le prix payé par le défunt parfois trente ans plus tôt. Une grand-mère qui avait acheté son lingot 50 000 francs dans les années 80, soit environ 8 000 euros, et qui le laisse valoriser à 120 000 euros à son décès, transmet ce lingot sans que les 112 000 euros gagnés de son vivant soient jamais taxés au titre de la plus-value. Mieux, les droits de succession acquittés peuvent être ajoutés au prix d’acquisition pour réduire la plus-value future si les héritiers décident un jour de revendre.

L'or se revend en deux à trois jours

Cette souplesse contraste avec la rigidité d’un placement comme le plan d’épargne retraite. "Par nature, il faut attendre la retraite", rappelle Étienne Brois à propos du PER, dont l’épargne est bloquée jusqu’à la liquidation des droits à la retraite, sauf six cas de déblocage anticipé prévus par l’article L.224-4 du Code monétaire et financier (invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, liquidation judiciaire, achat de la résidence principale). L’or, à l’inverse, se revend en deux à trois jours via un fournisseur établi, qui peut prélever la taxe à la source et créditer le compte bancaire du vendeur sans démarche supplémentaire.

Les régimes fiscaux mentionnés sont ceux en vigueur en France en 2026 et sont susceptibles d’évoluer. Les cours de l’or cités sont des relevés ponctuels et ne préjugent pas des évolutions futures. L’application des règles d’imposition et de transmission de l’or suppose le respect des conditions légales et la conservation des justificatifs d’achat. Pour toute situation patrimoniale spécifique, un conseil personnalisé auprès d’un notaire ou d’un conseiller en gestion de patrimoine est recommandé.