La meilleure illustration de ce qu’est un « bon mental » a peut être été donnée par Roger Federer. Lorsque le champion de tennis a décidé, à l’adolescence, de se classer parmi les plus grands, il a commencé par une chose simple : il a rangé sa chambre. Simplicité et discipline seraient ainsi les deux mots-clés d’un fonctionnement qui évoque à la fois l’enthousiasme, la volonté (voire la pugnacité dans l’épreuve), la lucidité, l’esprit d’équipe et la capacité de résilience face aux coups durs. Trouver une définition précise du « mental » relève de la gageure : les sciences « dures » en ignorent le concept, mais on peut toutefois en préciser les contours.

Un fonctionnement cérébral fluide

« Le mental ne se définit pas par une personnalité ou des qualités, mais par une fluidité de l’esprit, une façon de fonctionner dans laquelle nous sommes à l’aise. » Adrian Dutertre, coach diplômé en psychologie et en préparation mentale des sportifs de haut niveau, a constaté depuis longtemps les liens entre efficacité, routine et envie. Le concept autour duquel travaillent les neurosciences, cependant, n’est pas l’envie mais la motivation.

« Nous ne savons pas faire de distinctions psychologiques fines entre l’envie d’une part de gâteau et l’envie d’aller travailler, car c’est la même zone cérébrale qui s’active, explique Mathias Pessiglione, spécialiste de la cognition qui codirige l’équipe Motivation, cerveau et comportement de l’Institut du cerveau de Paris. Mais nous pouvons observer comment le cerveau arbitre le rapport coûts/bénéfices en général. » Ainsi, le cortex orbito-frontal évalue le degré de plaisir attendu (le matin avant d’aller travailler, par exemple) alors que le cortex insulaire anticipe la pénibilité. Du rapport entre ces deux données résulte notre état d’esprit et notre comportement, entre enthousiasme et stratégies d’évitement.

Et effectivement, notre cerveau prend des habitudes : « Lorsqu’on se sent bien dans une situation récurrente, les signaux sont plus élevés dans la zone orbito-frontale et le cerveau peut se reposer sur ses automatismes, complète Mathias Pessiglione. La mémoire intervient dans l'imagination, qui nous permet d'anticiper les conséquences de nos actions et de leur attribuer par avance une tonalité plaisante ou pénible. » Les automatismes dépendent de nos expériences de vie, de notre environnement et du contexte. « Ils sont, précise Adrian Dutertre, très variables selon les cultures et les fonctions exercées. »

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