L’un des changements majeurs concerne les conditions d’ouverture des droits. Pour être indemnisé, il faut désormais avoir travaillé 6 mois au cours des 24 derniers mois, contre 4 auparavant. Résultat : 190 000 personnes sortent chaque année du système et 285 000 voient leurs droits retardés. Ce durcissement, note l'Unédic dans son rapport, frappe en priorité les jeunes, les moins diplômés et les travailleurs en contrats courts. Par ailleurs, le mode de calcul a évolué, pour inciter à reprendre plus vite un emploi en lissant le versement de l’indemnisation. Dans les faits, 1,1 million de demandeurs – principalement des travailleurs aux parcours discontinus – ont vu leur allocation journalière baisser de 16 % en moyenne. Cette réduction a accéléré leur retour à l’emploi, mais dans des contrats courts et moins stables.

Autre point sensible de la réforme : la dégressivité des allocations pour les demandeurs d’emploi touchant plus de 4 800 euros brut par mois. À partir du 7ᵉ mois, leur allocation diminue de 30 %, voire davantage pour les plus hauts revenus. Si seuls 50 000 allocataires sont concernés, l’effet sur leur retour à l’emploi est significatif : leur durée de chômage a diminué en moyenne de 24 jours. Mais cette reprise d’activité s’accompagne souvent de concessions sur le salaire, la localisation ou l’équilibre vie pro-vie perso.

Bonus-malus : un effet limité sur les employeurs

Côté entreprises, la réforme a introduit un système de bonus-malus sur les cotisations chômage pour limiter l’usage des contrats courts. En clair, les employeurs de certains secteurs paient plus ou moins de cotisations selon leur taux de séparation. Si 30 000 entreprises sont concernées, le dispositif peine à produire des effets massifs. Certes, une baisse du nombre de fins de contrats a été observée, mais elle reste limitée. En cause : un mécanisme complexe et peu dissuasif pour les entreprises les plus concernées.

Enfin, la réforme a élargi l’Assurance chômage à deux nouvelles catégories : les salariés démissionnaires avec un projet de reconversion, via l’ARE pour projet professionnel. Environ 25 500 personnes en bénéficiaient fin 2023, une montée en puissance progressive. Autre nouvelle catégorie : les travailleurs indépendants, via l’Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI), qui permet de toucher 800 euros par mois pendant six mois après une cessation d’activité. Mais ce dispositif est un échec : seuls 600 bénéficiaires à ce jour.

Un impact contrasté, une réforme toujours en débat

La réforme de 2019 défendue alors par le Premier ministre Edouard Philippe et la ministre Muriel Pénicaud, a donc effectivement favorisé un retour plus rapide à l’emploi. Mais elle l’a souvent fait au prix d’une précarisation accrue, note l'Unédic. L’amélioration des finances de l’Assurance chômage est indéniable, avec une économie estimée à plus de 2 milliards d’euros par an. Mais son efficacité sur le volume global d’emplois n'est pas démontrée. L’évaluation de la Dares, attendue en 2025, permettra sans doute d’y voir plus clair.