Faire son coming out en entreprise est une décision complexe, influencée par le climat de l’entreprise et les relations avec les collègues. D'après une étude de l'IFOP pour l'association L'Autre Cercle, près de la moitié des salariés LGBTQ+ préfèrent ne pas dévoiler leur orientation sexuelle au travail. La peur des moqueries, des mauvaises blagues, des discriminations ou des répercussions sur leur carrière reste bien réelle.

Comme le souligne Émilie Morand, sociologue et co-auteure de Tous hétéros au boulot : « Le coming out en entreprise, c'est toujours aussi difficile aujourd'hui. On entend toujours cette remarque : pourquoi s'intéresser à la sexualité de ses collègues ? Cela invisibilise d'une part le fait que les personnes hétérosexuelles parlent aussi de leur orientation en évoquant leur relation, et d'autre part que dire 'ma compagne' quand on est lesbienne, ce n'est pas parler de sexualité. »

Aliette Mousnier-Lompré (Orange Business) raconte son coming-out : «J’ai la responsabilité de prendre la parole»

Une inclusion en progrès, mais imparfaite

En effet, bien que de nombreuses entreprises mettent en avant des politiques inclusives, les actes concrets ne suivent pas toujours. Certaines grandes entreprises créent des réseaux pour leurs employés LGBTQ+ ou organisent des formations sur la diversité. Mais il existe encore un fossé entre ces initiatives et la réalité vécue par les salariés au quotidien, en particulier dans les PME ou les secteurs plus conservateurs.

Elisabeth Feytit, créatrice du podcast d’éducation à la pensée critique Méta de Choc, met en garde : "La journée du coming out, c'est une bonne idée, mais attention aux effets pervers, que cette journée soit un cache-misère ou du pinkwashing". Et de poursuivre son analyse critique : "L'autre biais serait de forcer la parole, ce qui met une pression supplémentaire sur les personnes homosexuelles." Comment en parler, quand : à son arrivée dans l'entreprise, à la machine à la café au moment de raconter son week end ou lors d'un déjeuner à la cantine. Autant de questions et une charge mentale pour les personnes non hétéros en entreprise qui peut aller jusqu'à l'exclusion sociale. "C'est plus facile pour les cadres ou les personnes ayant un certain pouvoir, mais ce n'est pas la réalité pour tout le monde.", ajoute l'auteure.

Les femmes lesbiennes, encore plus invisibles

En entreprise, les femmes lesbiennes sont souvent moins visibles que leurs homologues masculins. Une étude menée en mai 2022 par l’Autre Cercle et l’Ifop sur la situation des femmes lesbiennes au travail dévoile des chiffres inquiétants : seules 18 % des femmes lesbiennes sont visibles auprès de leurs collègues alors que 43 % aimeraient l’être. Et quand elles le sont, elles en payent les conséquences : 53 % ont déjà subi une agression sur leur lieu de travail qui a abouti, pour 34 % d’entre elles, à quitter l’organisation et, pour 45 %, à des pensées suicidaires. Et pour les personnes concernées, cela a pour conséquence des renoncements : au congé maternité à l'accueil d'un enfant, à la prévoyance etc.

Déjà sujettes au sexisme et aux discriminations, elles craignent de subir une "double peine", et préfèrent alors l'auto censure. Emilie Morand souligne par ailleurs « phénomène de retour de bâton (backlash) », expliquant que les personnes "acceptables" par rapport aux normes sociales ont vu leur situation évoluer, mais que les personnes considérées comme hors norme, elles, continuent à affronter des discriminations. En ce sens, le chemin vers une inclusion véritablement égale reste long.

Le coming out reste donc, rappelons le, un choix personnel, souvent délicat, dans lequel l'entreprise a un rôle crucial à jouer pour créer un environnement sûr, rassurant et respectueux. En aucun cas il ne doit être une injonction. Plus largement c'est la question de la différence, de l'acceptation, et du respect en entreprise que pose celui du coming out.