L’intelligence artificielle va-t-elle rebattre les règles sur le marché du travail ? Surtout, va-t-elle déboucher sur la suppression de milliers de postes dans les années à venir ? Aujourd’hui, les études sont plutôt antagonistes, entre celles suggérant qu’un métier sur deux sera remplacé par l’IA, et les autres assurant qu’elle va créer des emplois. En Europe, en tout cas, l’intelligence artificielle crée des emplois, et plus précisément en France. Mais en Chine, dans certaines entreprises, c’est plutôt l’inverse. L’employé d’une société basée à Hangzhou (près de Shanghai) l’a appris à ses dépens l’année dernière, rapporte Franceinfo.

A l’origine, l’homme avait pour mission de contrôler la qualité des réponses faites aux clients de son entreprise par les plateformes d'intelligence artificielle. A chaque fois qu’une intelligence artificielle fournissait une solution, l’employé chinois devait vérifier qu’elle ne commettait pas d’erreur. Il devait également veiller au fait que la vie privée des clients n’était pas violée. Voilà pour sa fiche de poste. L’arroseur arrosé ? En 2025, l’employé a en effet appris que son travail allait être remplacé… par l’IA. Non seulement, il allait devoir changer de poste, mais il devait également accepter une baisse de salaire de 40%.

La société invoquait un «changement substantiel des circonstances économiques»

Des conditions de travail et salariales qu’il a refusées, conduisant à un licenciement sur-le-champ. Cependant, le travailleur chinois ne s’est pas laissé faire et a attaqué son entreprise pour licenciement abusif. Selon Franceinfo, le jugement vient d’être rendu. La «cour populaire intermédiaire» de Hangzhou est allée dans le sens du plaignant et a condamné l’entreprise pour licenciement abusif, jugeant qu’elle avait fait un choix délibéré en utilisant l’intelligence artificielle et que cela ne résultait pas d’une crise économique majeure.

Licencier au nom du progrès technologique ? Argument non recevable pour la cour. La société avait plaidé pour sa défense un «changement substantiel des circonstances économiques». Or, comme le soulignent nos confrères, ce type d’argument est généralement utilisé lorsqu’une entreprise subit des changements extérieurs non voulus, ce qui ne semble pas être le cas dans cette affaire. Pour cela, l’entreprise a été condamnée à verser à son ancien salarié 260 000 yuans de dommages et intérêts, soit environ 33 100 euros.

Vers une jurisprudence ?

La cour chinoise a également signifié à l’entreprise qu’elle avait tout à fait le droit d’utiliser de l’intelligence artificielle, mais qu’elle devait en parallèle former ses employés et surtout leur proposer un emploi équivalent, sous-entendu sans baisse de salaire. Ce jugement fera-t-il jurisprudence à l’heure où de plus en plus de grandes sociétés utilisent l’intelligence artificielle ? De grands groupes ont d’ores et déjà prévu des suppressions d’emploi dans les mois à venir… de là à voir autant de procédures démarrer ?