
Le conseil numéro 1 pour négocier une rupture conventionnelle ? «On n’arrive pas dans le bureau de son manager énervé, épuisé, en criant ‘on signe une rupture co et je m’en vais’ !, une situation à laquelle j’ai encore assisté il y a peu», lance Pierre Audierne, DRH et cofondateur du podcast Ça vient des RH. Une sortie se prépare, se demande et se négocie calmement.
«Émotions et négociation ne font pas bon ménage. Jouer au chantage - si je n’ai pas ma rupture conventionnelle, je ne pars pas et je ne ferai pas mon travail - ou menacer directement de faire appel à un avocat si l’entreprise commence à faire traîner les choses en longueur n’est pas la meilleure approche». L’objectif de la négociation d’une rupture conventionnelle ? Que la sortie soit propre et les deux parties satisfaites, rappelle le DRH.
Anticiper son départ
Vous avez des envies d’ailleurs ou peut-être de vous mettre à votre compte comme beaucoup aujourd’hui ? «Négocier sa sortie implique d’avoir réfléchi à ce qu’on veut faire après et souvent d’accepter de renoncer à son confort. Mieux vaut se préparer à obtenir une somme moins importante qu’espérée. Si les choses se crispent au niveau du salarié, c’est souvent quand celui-ci demande des sommes mirobolantes pour avoir une sécurité financière derrière. Mais la vocation de l’entreprise est de l’accompagner dans sa sortie, pas de financer son projet suivant».
Inutile de comparer les montants obtenus par d’autres salariés ayant obtenu une rupture conventionnelle dans l’entreprise. «Il est tentant de se comparer mais ce sont des postes différents, la négociation sera donc différente, elle dépend de l’ancienneté et de l’impact que l’on a eu dans l’entreprise». Autre point possible de friction : la temporalité, qui n’est pas la même pour l’entreprise. «Il faut prendre conscience qu’un départ nécessite souvent un recrutement ou une réorganisation, on ne peut pas demander une rupture conventionnelle dans la précipitation en disant ‘mon projet commence dans deux mois’.»
Y aller par étapes
Votre entreprise est-elle encline à négocier des ruptures conventionnelles ? Tâter le terrain sur le sujet est important avant de se lancer. «Si aucune n’a été acceptée depuis des mois, cela ne veut pas dire que la vôtre sera refusée mais il ne faudra surtout pas arriver dans une posture d’exigence. Cela va jouer aussi sur le montant et sur la temporalité». Le conseil du DRH : allez-y par étapes, discutez-en avec votre manager et commencez la négociation un ou deux mois avant la signature.
Votre demande de rupture conventionnelle a été refusée ? «Il faut être capable d’entendre ce refus et en demander les raisons, estime Pierre Audierne. Peut-être que l’entreprise n’a pas assez d’argent ? Peut-être est-ce une question de temporalité et préfère-t-elle attendre un contexte plus favorable, dans six mois par exemple ? Peut-être que le salarié n’a pas pris conscience d’enjeux importants sur son poste ou qu’un recrutement n’est pas possible pour l’instant ? Il est important, lorsque l’on demande une rupture conventionnelle, de faire attention à ce que l’entreprise vit».
À garder à en tête également : la prochaine réforme du dispositif qui est dans le viseur du gouvernement. En 2024, plus de 514 000 ruptures conventionnelles ont été signées selon la Dares, une hausse de 20 % en cinq ans. Des départs négociés qui représentent près d’un tiers des dépenses de l’assurance chômage et dont le projet de loi pour le financement de la sécurité sociale projette d’en durcir les conditions. Affaire à suivre…


















