«En France, on sacralise la demande d’augmentation via l’entretien annuel. On a la sensation qu’on doit négocier une fois par an, dans une période où personne n’a le temps, avec un manager qui souvent n’est pas formé au sujet et qui va l’expédier en remplissant un PDF, sans véritable échange», lance Pierre Audierne, DRH et cofondateur du podcast Ça vient des RH.

Demander une augmentation de salaire ? Cela se prépare sur toute une année et ça demande du travail ! «Il ne faut pas attendre que le service RH communique que dans deux semaines, on a rendez-vous avec son manager. Il faut préparer le terrain en amont, rassembler des exemples concrets, montrer l’impact que l’on a eu avec des chiffres, savoir ce qu’on peut demander».

Choisir le bon moment

Peut-on négocier une augmentation conséquente sans changer d’entreprise, voie royale pour connaître un gap salarial ? Oui, répond le DRH. «À condition d’avoir beaucoup de recul et de connaissances sur la stratégie de rémunération : qui détient l’enveloppe pour commencer ? La RH, le manager ?».

Pour mettre toutes les chances de son côté, le timing est un allié. «Un bon moment pour demander une belle augmentation peut être quand on vient de finir un projet. On peut montrer ce qu’on a délivré, chiffres à l’appui. Par exemple, en disant ‘mon projet va générer 30 % de chiffre d’affaires supplémentaires. Voici ce que j’apporte réellement à entreprise, cela mérite une augmentation’. L’entreprise ne pourra pas le nier.»

Si ça coince, réfléchir à des alternatives

Demander une augmentation, oui, mais ne pas l’exiger. «Il n’y a rien de plus détestable, cela ne donne pas envie de négocier», prévient Pierre Audierne. La clé ? Rester dans une posture d’ouverture. Et de curiosité de la stratégie et de la santé financière de l’entreprise. «Parfois, ce n’est pas que l’entreprise ne veut pas, c’est qu’elle ne peut pas offrir les 5 ou les 10 % d’augmentation que l’on estime mériter car on a très bien bossé toute l’année. Si on essuie un refus, il faut surtout demander pourquoi ? Peut-être existe-t-il une alternative pour éviter frustration ou une démission ? Par exemple, retarder l’augmentation de six mois ?».

Au salarié alors de faire son choix : rester et attendre, ou partir. «Bien se préparer, c’est aussi déterminer quels minima on souhaite et quels scénarios on va pouvoir actionner si l’augmentation est refusée».

N’en déplaise à l’adage, l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. «On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on va gagner, confirme le DRH. Beaucoup de services RH proposent des BSI (bilan social individuel). C’est le récapitulatif de votre rémunération, des formations que vous avez suivies, de tous vos avantages nature : une politique flexible de télétravail, la possibilité de travailler à ou depuis l’étranger, des partenariats avec des crèches… Tout ce qu’on oublie souvent pendant l’entretien annuel.»

Une augmentation n’est pas possible cette année ? Quelle alternative pourriez-vous proposer ? «Vous pouvez par exemple dire à votre employeur que vous aimeriez évoluer et suivre telle formation pour acquérir telle compétence à la fois pour le bien de l’entreprise et que vous pourrez utiliser par la suite. D’un côté, vous êtes valorisé, de l’autre, l’entreprise n’a souvent pas grand-chose à débourser. Grâce à tous les dispositifs d’OPCO de nombreuses formations sont remboursées. C’est gagnant-gagnant pour les deux parties».