Je n’aurais pas voulu être un artiste, non, non. Trop facile, tu peins des croûtes et tu peux toujours dire que c’est le public qui n’a pas compris. Mais orateur ! Là, ça ne pardonne pas. Bafouiller, bégayer, chercher ses mots, massacrer la syntaxe, avaler ses syllabes… Horreur ! Malheur ! La musique du discours, l’art de la repartie, le show du pitch, c’est comme le violon tsigane : ça ne supporte pas la médiocrité.

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Oui, je rêve de séduire, par le verbe, les beautés cadenassées ou les psychorigides professionnels ; de convaincre, par l’esthétique de ma rhétorique, les business angels, les AG houleuses ou les jurés populaires… Je rêve de devenir Périclès, Jaurès, de Gaulle, Chavez, Obama, Cicéron et même Mélenchon. Et si je suis un artiste, c’est Luchini ou Zelensky. Rien de moins.

Mais voilà. Alors que je touche un peu ma bille à l’écrit, je ne transforme pas à l’oral.

Et le pire, c’est que je passe ma vie à prendre la parole. De délégué de classe à délégué du personnel, de journaliste radio à modérateur de débats, je n’arrête pas de blablater, de discourir… J’ai présenté des projets devant des aréopages de décideurs, j’ai posé des milliards de questions à l’oral comme journaliste mais j’ai aussi répondu à un paquet d’interviews (il parait que je suis hypertélégénique, mais j’y crois pas). Le comble, c’est que je dispense des formations de Mont-de-Marsan à Abidjan. Pour un type qui se trouve nul à l’oral, je me pose là.

Rassurez-vous, je sais bien que mes interventions en session de formation ou en conférence de rédaction ne sont pas complètement catastrophiques. Je sais même que je me suis amélioré au fil des années. Sauf qu’il me manque un niveau. Ou trois. Dans les moments fatidiques, c’est terrible. Je me souviens par exemple avoir passé mon tour à une remise de prix que j’étais censé donner car je ne savais ni quoi dire ni où me mettre. La panique. Ça date un peu et, depuis, je suis monté plus d’une fois sur l’estrade. Mais, quand même, il y a toujours la trouille que ce trou d’air revienne.

Une autre fois, j’ai dû m’exprimer devant une cour d’assises, ce qui est probablement l’expérience la plus traumatisante qui soit pour un sous-doué comme moi. Le juge qui te domine sur son podium comme un César en pourpre dans les tribunes de l’arène, commence par déclarer : «Nous vous écoutons Monsieur Le Braz.» Comme ça, sans questions, sans relance, faut improviser. J’étais témoin à décharge pour l’un des accusés et j’ai été consternant. D’ailleurs, il a pris dix-huit ans.

Ce jour-là, j’ai compris qu’il fallait que je fasse quelque chose. L’occasion s’est présentée en appel. J’avais fait une enquête pour innocenter mon pote qui végétait en taule. J’avais des biscuits. Mais comment les vendre devant des types assis en robe, entourés de jurés consentants ?

Alors, je suis allé voir le docteur Benhaiem*. C’est grâce à lui que j’ai arrêté de fumer, souvent, parfois longtemps, toute ma vie durant. Une fois, j’ai tenu sept ans. Jean-Marc Benhaiem, c’est un ponte de l’hypnose. Il a pignon sur rue à côté des Champs-Elysées et il a la voix de Philippe Noiret. J’aurais tellement voulu avoir le timbre de Philippe Noiret.

«Ah bon, vous trouvez que j’ai la voix de Philippe Noiret ? C’est drôle, quand j’étais jeune je voyais les gens bailler quand je parlais», me dit-il en visio. Bon, ça ne l’a pas traumatisé et, grâce à sa voix, il a trouvé sa voie.

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