
Une promotion, un compliment, des applaudissements à la fin d’une présentation rondement menée… Rien n’y fait : le syndrome de l’imposteur s'immisce dans la tête et fait résonner sa mécanique petite voix «tu ne mérites pas tout ça».
«La personne se dit : je réussis, certes, mais je n’arrive pas à faire de ma réussite une preuve de moi-même», décrypte Christèle Albaret. Résultats, feedbacks positifs, reconnaissance : rien ne parvient à s’ancrer durablement. La réussite est toujours vécue «comme une parenthèse, jamais comme une confirmation de soi».
Un doute qui résiste aux preuves
Pourtant, la nuance est essentielle. Là où le doute professionnel classique s’apaise avec l’expérience, le syndrome de l’imposteur, lui, «résiste aux preuves». Il s’exprime par une peur persistante : «Un jour, tout le monde va se rendre compte que je ne mérite pas d’être là». Autrement dit, ce n’est pas la capacité qui est en cause, mais la légitimité. «Ce n’est pas douter de ses compétences, c’est douter de son droit à être là», résume la spécialiste.
Un mécanisme loin d’être anodin et qui impacte durablement la santé mentale. Ainsi, pour compenser et par peur d’être «démasqués», beaucoup surinvestissent : «Trop travailler, trop préparer, trop contrôler». Vu de l’extérieur, cela ressemble à de l’excellence, mais de l’intérieur, c’est souvent une stratégie de protection, qui entraîne épuisement et risque de burn-out.
Peut-on dépasser ce syndrome ?
Oui, à condition de ne pas se tromper de levier. «On ne guérit pas du syndrome de l’imposteur, parce que ce n’est pas une maladie», précise Christèle Albaret. En revanche, il est possible d’en atténuer les effets, à condition de comprendre que «le problème n’est pas l’absence de compétences, mais l’incapacité à les intégrer intérieurement comme faisant partie de soi».
Accumuler les preuves de réussite ne suffit donc pas : le travail à mener n’est pas celui de la confiance en soi, souvent déjà solide chez les personnes concernées, mais celui de l’estime de soi. «Il s’agit de déplacer le centre de gravité : passer de la performance à la valeur que l’on se reconnaît», explique-t-elle. Tant que la valeur personnelle reste conditionnée aux résultats ou au regard hiérarchique, le sentiment d’illégitimité trouve toujours un terrain fertile pour se maintenir. Dépasser le syndrome de l’imposteur suppose ainsi «d’apprendre à séparer l’identité de la performance» et de reconnaître ses compétences «comme des acquis, et non comme des accidents.»
Le rôle clé des organisations dans le sentiment d’illégitimité
Ce travail individuel ne peut toutefois suffire sans un cadre collectif sécurisant. Car le syndrome de l’imposteur, rappelle la psychosociologue, est aussi «fortement amplifié ou atténué par les environnements de travail». Des critères flous, une reconnaissance managériale rare ou uniquement indexée sur les résultats, une culture de la comparaison ou une faible tolérance à l’erreur l’alimentent directement.
À l’inverse, clarifier les attentes, nommer explicitement les compétences et sécuriser le droit à l’erreur permettent d’en réduire l’impact. «Le syndrome de l’imposteur ne se résout pas en exhortant les individus à avoir davantage confiance en eux, mais lorsque leur valeur cesse d’être conditionnée à la performance, et que les organisations limitent l’insécurité symbolique qu’elles produisent.»
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