
Derrière la croissance fulgurante de BYD (pour Build Your Dreams) à l’international, il y a Stella Li. Quand elle rejoint l’aventure en 1996, l’entreprise chinoise n’emploie qu’une vingtaine de salariés et se concentre sur la fabrication de batteries. Trente ans plus tard, le groupe est devenu le plus gros constructeur de voitures 100% électriques dans le monde, devant son rival Tesla. BYD devrait facilement doubler ses ventes en Europe en 2025, avec l’aide de ses véhicules hybrides rechargeables. Reste à imposer ses marques sur le marché français, où le constructeur reste discret, même s’il compte sur son image d’entreprise technologique pour séduire les automobilistes
Quel bilan faites-vous pour 2025 ? Et pour les ventes de BYD ?
Stella Li : L’année a été bonne pour BYD. En particulier à l’extérieur de la Chine, où nos ventes ont doublé. En France aussi nos ventes ont doublé. Nous avons également augmenté notre nombre de points de vente. Et la qualité du service s’améliore, pour devenir beaucoup plus premium. C’est une très belle réussite.
En France, votre part de marché est inférieure à 1%. Quelles sont vos ambition?
Nous ne nous basons pas sur la part de marché pour évaluer nos ambitions. Nous voulons que BYD soit bien accepté par les Français, qui ont des exigences très élevées. Nous devrons donc fournir un service de haute qualité. Pour cela, nous souhaitons doubler la tailler de notre réseau, en passant de 100 à 200 points de vente d’ici à la fin 2026.
Quelle est la répartition des ventes entre véhicules 100% électriques et hybrides ?
Cela dépend des pays. En Europe du sud, les ventes se répartissent à égalité entre ces deux technologies. Dans d’autres pays, c’est plutôt 60% de voitures électriques. Et en Norvège et au Danemark, nous ne vendons que des véhicules électriques.
Il y a quelques années, les voitures chinoises avaient mauvaise réputation en France. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je pense que l’image des marques chinoises s’améliore, du moins en ce qui concerne BYD. Le public nous identifie davantage comme une entreprise technologique, avec des produits de bonne qualité et au design soigné. Nous disposons d’une équipe dédiée qui adapte nos voitures aux standards européens. La BYD Dolphin Surf, une citadine 100% électrique, a décroché cinq étoiles aux crash-tests Euro NCAP. C’est la preuve que BYD fait attention à la qualité et à la sécurité de ses véhicules.
Comment avez-vous réussi à contrer les taxes européennes mises en place sur les véhicules électriques chinois ?
Ces mesures ne sont pas justes envers les entreprises chinoises. Surtout, ce n’est pas juste pour les consommateurs européens, qui finissent par en payer le prix. Mais jusqu'à présent, nous nous en sortons très bien. Notre usine d’assemblage en Hongrie sera bientôt opérationnelle. Nous sommes en train d’installer les machines. Au premier trimestre 2026, nous commencerons à fabriquer les premiers prototypes, puis nous commencerons la montée en cadence de la production au deuxième trimestre. Deux véhicules produits en Hongrie seront vendus en France : la Dolphin Surf et l’Atto 2. Les barrières douanières sont toujours une solution de court terme.
Les autorités européennes réfléchissent à intégrer des règles en matière de contenu local à bord des voitures. Réussirez-vous à remplir ces critères ?
Oui, sans aucun doute. Nous prévoyons de produire beaucoup de composants localement en Europe et travaillons déjà avec de nombreux fournisseurs européens. Notre premier fournisseur de sièges est une entreprise française : Valeo. Nous collaborons également avec Hella (filiale du groupe tricolore Forvia, NDLR) pour les éclairages LED.

BYD repousse les frontières de l’électrique avec sa marque de luxe Yangwang. Ce surprenant SUV, l’U8, est capable de flotter sur l’eau pendant une trentaine de minutes. Un modèle également attendu en Europe.
Des rumeurs circulent sur l'installation d’une autre usine BYD en Espagne, en plus de celles en Hongrie et en Turquie…
Nous n'avons pas encore décidé où nous irons à l'avenir et n’avons pas encore confirmé l’installation d’une troisième usine en Europe.
La France pourrait-elle accueillir ce site de production ?
Un jour, peut-être. Nous n’avons pas encore étudié de lieu pour notre troisième usine, donc nous verrons bien quelle sera la prochaine étape.
Vous avez trois marques en Europe : BYD, Denza et Yangwang. N’est-ce pas difficile de les introduire auprès du grand public ?
Les séparer est plus facile pour construire leur identité. Yangwang est une marque de luxe, tandis que Denza vise plutôt une clientèle premium. Cette dernière lancera d’ailleurs ses premiers modèles en France en 2026.
Dans l'Hexagone, les ventes de véhicules électriques montrent des signes d’essoufflement. Comment relancer le marché ?
Notre voiture Denza Z9GT sera la première à embarquer notre technologie de «flash charging». En seulement cinq minutes de charge, elle peut regagner 400 kilomètres d’autonomie. Une recharge aussi rapide va renforcer la confiance des automobilistes. Il faudra un peu de temps pour les sensibiliser à notre technologie, mais une fois que ce sera fait, l’électrification s’accélérera. Nous travaillons aussi sur le prix des voitures. Avec un tarif de base de 19 990 euros, notre Dolphin Surf est très accessible.

Attendue en 2026 sur le marché européen, la berline haut de gamme Denza Z9GT est la première voiture du constructeur à embarquer la technologie de «flash charging».
Qu’en est-il du réseau de bornes de recharge ?
Nous allons investir dans notre propre réseau de stations de «flash charging», sur les routes, dans nos concessions, mais aussi en ville. Très rapidement, nous souhaitons atteindre entre 2 000 et 3 000 points de charge en Europe.
BYD figure aussi parmi les plus gros fabricants de véhicules hybrides rechargeables. Quelle est votre stratégie sur cette technologie ?
Nous disposons d'une technologie révolutionnaire de voiture «super hybride», baptisée DM-i. En novembre dernier, nous avons officiellement lancé l’Atto 2 en version DM-i. Trois autres modèles dotés de cette technologie sortiront en 2026. L’objectif est de concurrencer les voitures thermiques classiques. Le DM-i permet de parcourir de 80 à 120 kilomètres en électrique avec une seule charge, pour des déplacements du quotidien. Et pour la longue distance, cela offre la possibilité de rouler plus de 1 000 kilomètres avec un seul plein de carburant sur l’Atto 2. Pour le Seal 6, c’est plus de 1 500 kilomètres. Chaque mois, les clients réaliseront des économies importantes sur leur consommation de carburant. Il n’y a pas de modèle concurrent comparable.

BYD propose une quinzaine de modèles en France, dont l’Atto 3. Ce SUV électrique est vendu à partir de 43 390 euros.
Certains experts s’attendent à une consolidation de l’industrie automobile, car il y a beaucoup de marques différentes en Chine. Quel rôle pourrait jouer BYD ?
Je pense effectivement qu’une consolidation aura lieu, mais je ne peux pas dire quand, ni comment. Il existe de nombreux concurrents solides sur le marché chinois. Donc, nous verrons bien.
Avec ses robotaxis, Elon Musk, le patron de Tesla, croit dur comme fer aux voitures autonomes. Quelle est votre stratégie en la matière ?
BYD est à la pointe en matière de conduite autonome. Nous disposons de toute la technologie nécessaire. Mais la conduite entièrement autonome ne dépend pas vraiment de cela. Elle dépend des réglementations en vigueur localement. Je crois plutôt, dans un premier aux temps, aux aides à la conduite. Par exemple, si le conducteur a une perte d’attention parce qu’il est fatigué, la voiture sera capable de reprendre le contrôle pour éviter un accident. En cas de crevaison de pneu sur l’autoroute, ce dispositif permettra aussi de garder la trajectoire du véhicule stable. Enfin, ces technologies peuvent aider les personnes qui conduisent depuis peu, qui se sentiront un peu moins stressées au volant.
BYD sera-t-il présent au Mondial de l’automobile, qui se tiendra en octobre prochain à Paris ?
Oui ! On y dévoilera plusieurs produits secrets dont nous préparons le lancement. Et nous présenterons un nouveau modèle au public français.
Bio express
1970 : Naissance à Shanghai (Chine)
1992 : Diplômée de la prestigieuse université Fudan, en Chine
1996 : Rejoint BYD, un an après la fondation de l’entreprise
1999 : Ouvre les premiers bureaux européens de BYD à Rotterdam (Pays-Bas)
2006 : Vice-présidente de BYD
2010 : Présidente de BYD Americas
2025 : Première femme élue personnalité automobile de l’année
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