
Précisément 13,3 ans ! Voici le nouvel âge moyen des véhicules légers passés par un contrôle technique (CT) en 2025. Un nouveau record pour le parc automobile français (40 millions de véhicules) puisqu’il y a dix ans, la moyenne n’était que de 11,8 ans, quand dans les années 1990, elle n’excédait pas 6 ans…
Avec plus de 23 millions de contrôle technique périodiques réalisés l’année dernière, le rapport de l’UTAC-OTC, organisme de référence, est sans appel : nos voitures vieillissent. Et pour cause, les véhicules neufs sont devenus hors de prix, à commencer par les modèles électriques, ce qui nécessite pour les ménages d’entretenir leur carrosse pour le faire durer le plus longtemps possible…
Les clients font jouer la concurrence
Seulement, prolonger la vie de son auto a un coût ! D’après le comparateur en ligne IdGarages.com, il fallait débourser 352 euros pour une révision générale en 2025 (+ 5,77% sur un an). Et la douloureuse ne fait que grimper pour les propriétaires puisqu’entre 2023 et 2025, le budget révision affiche + 20% sur les devis des garages. «Les prix des réparations ont explosé depuis le Covid, reconnaît Fabien Borsa, PDG d’IdGarages. Il y a un contexte conjoncturel défavorable avec la guerre en Ukraine puis au Moyen-Orient qui impactent le transport de marchandises et le coût des composants, comme les pneus ou l’huile moteur.»
Dans une période où les finances des particuliers sont mises à rude épreuve, le réseau propre aux constructeurs, notamment en zone urbaine, fait grise mine. «Il suffit de regarder quand un de leurs garages peut vous prendre. En ce moment à Paris, vous avez un rendez-vous dans la semaine sans problème», souffle un garagiste. Or le service après-vente est une source majeure de profit pour ces distributeurs, qui margent en moyenne autour de 50% sur le SAV, bien plus que sur la vente de véhicules.
Alors, une fois arrivé à la concession, ouvrez bien les yeux. Comme le stipule la loi, à l’entrée du garage d’un grand constructeur allemand, les tarifs de la main-d'œuvre (voir tableau par ailleurs), principale variable dans les devis, sont affichés. Comptez 186 euros l’heure de mécanique simple et jusqu’à 212 euros pour un véhicule hybride ou électrique ! «Dans les grandes métropoles, les tarifs s’envolent en raison des loyers plus élevés pour les concessionnaires et de la nécessité d’attirer des employés qualifiés dans un marché tendu. Mais, avec ces tarifs, les clients font jouer la concurrence, quitte à faire 40 kilomètres pour déposer leur voiture», reconnaît un professionnel du secteur automobile qui conseille d’être à l'affût des promotions toute l’année pour faire des économies.
Un contrat d'entretien de quatre ans chez Renault
Pour tenter de conserver leur client le plus longtemps possible et maintenir ainsi leur rentabilité, les réseaux de constructeurs multiplient les offres commerciales. Chez Renault, on propose un contrat d’entretien à 1 euro par jour sur 48 mois pour des véhicules âgés de moins de 8 ans et affichant moins de 120 000 kilomètres au compteur. Et si l’entretien est pris en charge, le client dispose aussi d’une ristourne de 15% sur les réparations et le remplacement des pièces d’usure (freins, essuie-glace, pneus…). Son contrat est cessible en cas de revente de son véhicule, ce qui peut rassurer un acquéreur potentiel.
D’après la marque au losange, 40 000 propriétaires auraient souscrit à ce type d'offres entre le 1er janvier 2024 et le 31 décembre 2025. Pour mieux tenir sa promesse commerciale, le constructeur français propose aussi des pièces d’occasion ou remanufacturées dans son usine de Flins (une obligation légale dans certains cas), généralement 30% moins chères que les originales des équipementiers.
Bientôt une nouvelle offre chez Volkswagen
Chez le concurrent allemand Volkswagen, on a aussi développé une formule d’abonnement, entre 15 euros par mois pour une voiture électrique et 32 euros par mois pour un véhicule thermique ou hybride. Lancé depuis deux ans sur le marché, ce contrat d’entretien est lui limité à 24 mois et 40 000 kilomètres parcourus. Les prestations couvertes comprennent l’huile moteur, les filtres, le liquide de freins et la main d’œuvre.
Comme chez Renault, en contrepartie de leur abonnement, les clients bénéficient d’une remise pouvant aller jusqu’à 30% sur des réparations plus poussées. Seulement, le groupe allemand étudie ses options. «Ce type de service est en train d’être revu dans son fonctionnement. La formule actuelle sera bientôt caduque», indique à Capital un porte-parole. Une nouvelle offre est en cours d’élaboration. Si les industriels tâtonnent autant sur leur stratégie, c’est que la concurrence fait rage avec les réseaux de centres auto, très compétitifs sur les devis qui proposent des formules jusqu’à 50% moins chères que les constructeurs.
Le succès grandissant des garages indépendants
Dans son garage installé à Sainte-Pazanne, une petite commune au sud de Nantes, Olivier Helore voit arriver de nouvelles têtes. «Les gens ont besoin de leur voiture tous les jours pour aller travailler et essaient de la faire durer le plus longtemps possible sans que cela leur coûte trop cher. Du coup, beaucoup quittent les concessions pour les garages multimarques», explique le gérant qui emploie une vingtaine de personnes dans son centre AD Michaud.
Pour rassurer ses néo-clients, il met en avant la garantie constructeur préservée et propose surtout des facilités de paiement. «Tous les jours, on me demande de décaler l’encaissement d’un chèque ou d’échelonner une facture. Nous avons donc mis en place un paiement en quatre fois avec un partenaire financier. Nous nous fournissons aussi auprès de marques de distributeur (MDD) pour aller chercher des pièces détachées plus économiques», détaille Olivier Helore, surpris par ces clients qui débarquent avec des pièces de rechange dans le coffre, achetées sur Internet ou dans des casses auto.
Car, pour faire baisser la note, certains automobilistes n’hésitent plus à s’improviser garagistes. En région parisienne, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d'Oise), Anthony Vandendaele, 33 ans, n’avait pas vocation à se lancer dans le secteur. Mais, pendant la période Covid, il projette de restaurer un véhicule et cherche un endroit proche de chez lui pour faire sa mécanique.
Un «self-garage» où on met les mains dans le cambouis
Il peine tellement qu’il décide de lancer sa propre structure, un «self-garage», où les particuliers peuvent réserver des créneaux horaires (à partir de 25 euros/heure) sur une application maison, façon Doctolib de la bagnole. «J’ai mis un an et demi à concevoir et à viabiliser mon projet. J’ai trouvé un atelier de 1 200 mètres carrés pouvant accueillir sept ponts élévateurs. Nous venons de boucler notre premier exercice fiscal positif. Cela représente un investissement global de 600 000 euros», détaille le jeune chef d’entreprise.
Dans son Meca Club, les clients peuvent bricoler, stationner sur place leur voiture le temps des réparations et bénéficier de l’aide technique de vrais pros. «La règle, c’est que les gens doivent être autonomes mais, pour équilibrer le projet, on s’est rendu compte qu’il fallait ajouter une activité complémentaire de garage classique. J’ai donc embauché quatre mécanos et nous proposons une offre vraiment à la carte. Vous faites vous-même la vidange et nous, on s’occupe des pneus ou de la courroie de distribution, par exemple», explique Anthony Vandendaele.
Certes, il faut mettre les mains dans le cambouis. Mais la clientèle suit puisque s’apprêtent à ouvrir deux autres Meca Club, près de Paris et de Bordeaux. Leur fondateur, qui rêve de monter une véritable chaîne, se félicite même de voir une nouvelle population pousser la porte de son garage : «Maintenant, le week-end, en plus des adeptes du “tuning”, nous avons des groupes de copines qui viennent faire de la mécanique en utilisant des tutoriels sur Internet. C’est cool et ça montre que c’est accessible à tous». Le «do it yourself» de la mécanique, ça roule…
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