Les comportements de consommation durable connaissent une véritable explosion en Europe, et la France se distingue par son engagement marqué. C’est ce que révèle le baromètre sur les comportements durables en Europe réalisé par Odoxa pour BearingPoint : avec 74% des Français favorables à la prise en compte les critères de durabilité avant d’acheter un produit, la France s’impose comme le leader européen sur ce point, surpassant la moyenne de ses voisins de 10 points. Les Français se révèlent particulièrement attentifs dans des secteurs comme les circuits courts, où 44% des consommateurs déclarent acheter «plus souvent qu’avant» des produits locaux, soit 8 points de plus que leurs voisins européens.

Cette sensibilité ne se limite pas à l’alimentaire. Les pratiques durables, comme la réparation, la revente sur des plateformes ou l’achat de produits de seconde main, se généralisent rapidement. Selon le baromètre, 75% des Français ont adopté au moins une de ces pratiques durablement ou plus fréquemment au cours de l’année écoulée.

La défiance envers les marques, un frein persistant

Pourtant, cette avance est contrebalancée par une méfiance croissante envers les entreprises. Alors que deux tiers des Européens (67%) font confiance aux actions de durabilité des marques, seuls 53% des Français partagent cette opinion. Un déficit de crédibilité qui reflète une demande accrue de transparence et d’engagement réel.

Cette méfiance s’ajoute à des disparités flagrantes dans l’adoption de certaines pratiques durables. Par exemple, les Français sont les moins nombreux en Europe à louer des produits (15% contre 22%) ou à revendre à des professionnels (18% contre 24%). Sur l’achat de produits bio, ils accusent également un retard notable : 31% le font plus fréquemment qu’auparavant, mais ce chiffre reste inférieur de 7 points à la moyenne européenne.

Le prix, autre obstacle majeur à la transition durable

L’étude met également en lumière une barrière centrale : le prix. Selon une enquête de l’Ifop pour le Cercle de Giverny datant d’octobre dernier, 70% des Français considèreraient le prix comme le critère principal dans leurs décisions alimentaires, loin devant l’impact environnemental. Cette contrainte économique freine l’adoption de pratiques durables, même si 70% des consommateurs se disent prêts à payer davantage pour des produits respectueux de l’environnement. Ce paradoxe souligne la nécessité de rendre les produits durables plus compétitifs et accessibles, un enjeu clé pour les acteurs du secteur.

Que retenir de toutes ces informations apparemment contradictoires ? Que malgré les défis évoqués, les Français se montrent réceptifs aux transformations nécessaires. En un an, 60% d’entre eux déclarent avoir modifié leurs comportements alimentaires, et 70% ont évolué dans d’autres domaines de consommation. Ces chiffres traduisent une prise de conscience rapide, mais aussi une exigence accrue envers les acteurs économiques et institutionnels. Pour les marques, distributeurs et décideurs publics, le message est clair : il faut concilier accessibilité économique et sincérité des engagements pour transformer des intentions en actions concrètes.