
Le changement est passé relativement inaperçu, mais ses effets seront bien visibles sur le budget de milliers de Français. Le décret n°2026-261 du 8 avril 2026, publié au Journal officiel le 10 avril, relève de 70 à 80 ans l’âge d’accès aux exonérations de cotisations patronales pour l’emploi d’une aide à domicile. À compter du 1er juillet 2026, les particuliers employeurs âgés de 70 à 79 ans perdront donc cet avantage, qui permettait jusqu’ici de réduire significativement le coût des prestations. Selon les estimations, environ 345 000 personnes sont directement concernées par ce durcissement.
Le gouvernement justifie cette réforme par un recentrage sur les publics les plus fragiles : les bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), de la prestation de compensation du handicap (PCH) ou de la majoration pour tierce personne ne sont pas concernés. Si le texte prévoyait initialement une rétroactivité au 1er janvier 2026, une tolérance a finalement été accordée, évitant toute régularisation avant juillet. « Par tolérance, il n'y aura pas de régularisation des cotisations sociales pour la période antérieure à juillet 2026 », précise ainsi le portail France Emploi Domicile. Mais pour tous les autres, la hausse du coût est inévitable. « Ça va augmenter le coût de son intervention, tout simplement », résume Loïc Gobé, président de la Fédération des entreprises de services à la personne (FESP), qui pointe une mesure prise « sans réelle concertation » et dont l’impact sera, selon lui, direct et immédiat sur le prix des prestations.
Aide à domicile : combien va vous coûter la fin de l’exonération pour les moins de 80 ans ?
C’est le point clé de cette réforme : la perte de l’exonération se traduit directement par une hausse du coût horaire. Selon les estimations de la Fédération des entreprises de services à la personne, l’augmentation se situe entre 1,80 € et 3 € de plus par heure. Une fourchette qui dépend notamment du niveau de rémunération et du mode d’emploi (prestataire ou emploi direct). Pour mesurer l’impact réel, il faut raisonner en volume d’heures. Prenons plusieurs cas concrets :
Cas 1 : 9 heures par semaine (aide ménagère légère)
- Avant : environ 814 € par mois
- Après : environ 938 € - soit +124 € par mois, selon les données de l’Observatoire de l’emploi à domicile - soit une hausse d’environ +15 %
Cas 2 : 20 heures par semaine (accompagnement régulier)
80 heures par mois
- Surcoût horaire : +1,80 € à +3 €
- Hausse mensuelle : +144 € (scénario bas) à +240 € (scénario haut)
Cas 3 : 30 heures par semaine (forte dépendance)
- 120 heures par mois
- Hausse mensuelle : +216 € à +360 €
Et ce n’est qu’un ordre de grandeur. Pour les situations de dépendance plus lourde, avec davantage d’heures, la facture peut encore grimper. « C’est énorme », insiste Loïc Gobé. D’autant que cette hausse intervient brutalement, sans période d’adaptation. Elle vient s’ajouter à d’autres coûts déjà en augmentation dans le secteur. Autre élément à intégrer : le crédit d’impôt de 50 % continue de s’appliquer, mais il ne neutralise pas totalement la hausse. Le reste à charge augmente malgré tout, même après avantage fiscal.
Pourquoi les prix vont mécaniquement augmenter
Contrairement à d’autres secteurs, les entreprises d’aide à domicile ne peuvent pas absorber ce choc. « La moyenne des marges des entreprises de services à la personne, c’est entre 1 et 3 % », rappelle Loïc Gobé. Ainsi, une hausse de plusieurs euros par heure ne peut pas être compensée en interne. D’autant que les structures font déjà face à la hausse du carburant. « On n’a pas des marges de manœuvre considérables », résume-t-il. La répercussion sur les tarifs est donc quasi automatique.
Les plus exposés seront ceux qui ont le plus besoin d’aide
L’impact de la réforme est directement proportionnel au volume d’heures d’accompagnement. « Ça va être les personnes qui ont les plans d’aide les plus élevés, donc celles qui ont le plus besoin d’accompagnement », explique Loïc Gobé. En conséquence, plus le besoin d’assistance est important, plus la hausse sera sensible. Les personnes les plus autonomes, qui recourent ponctuellement à une aide, absorberont plus facilement l’augmentation. En revanche, celles qui dépendent fortement d’un accompagnement quotidien verront leur facture s’alourdir de manière significative, parfois de plusieurs centaines d’euros par mois. Un paradoxe, alors même que ces publics sont les plus vulnérables face à la perte d’autonomie.
Des aides insuffisantes pour compenser
Dans les faits, peu de dispositifs permettent d’absorber réellement cette hausse. Le principal levier reste le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, qui permet de récupérer 50 % des dépenses engagées (dans la limite de plafonds). Mais cet avantage fiscal ne fait que réduire partiellement la facture, sans annuler l’effet de la hausse.
D’autres aides existent, mais elles sont réservées à des publics spécifiques. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA), par exemple, est destinée aux personnes en perte d’autonomie (GIR 1 à 4) et finance une partie des heures d’aide. La prestation de compensation du handicap (PCH) ou la majoration pour tierce personne peuvent également prendre en charge certains besoins. Mais ces dispositifs concernent principalement les situations de dépendance déjà installée.
Pour les personnes âgées encore autonomes ou faiblement dépendantes (précisément celles qui perdent aujourd’hui l’exonération) les aides sont donc limitées. « Il n’y a rien qui vient compenser cette hausse déguisée des tarifs », tranche Loïc Gobé. Résultat : une augmentation du reste à charge, même après déduction fiscale, avec un impact direct sur le budget des bénéficiaires.
Moins d’heures d’aide égale plus de dépendance
Pour les professionnels du secteur, les effets de la réforme risquent d’être rapides et visibles. Face à la hausse des tarifs, une partie des bénéficiaires pourrait réduire le nombre d’heures d’accompagnement, voire repousser le recours à l’aide à domicile. « Plus ça va coûter cher, moins les gens vont prendre d’heures », alerte Loïc Gobé. Une logique budgétaire immédiate, mais qui pourrait avoir des conséquences lourdes à moyen terme sur la perte d’autonomie.
Le président de la FESP insiste sur un point clé souvent sous-estimé : l’importance de l’accompagnement précoce. « On vit certes de plus en plus vieux, mais pas nécessairement de plus en plus vieux en bonne santé. On commence à décliner à partir de 65 ans », rappelle-t-il. Jusqu’ici, le seuil des 70 ans constituait un moment charnière pour encourager les seniors à mettre en place un accompagnement progressif. « C’était globalement une bonne période pour inciter les gens à prendre de l’accompagnement pour éviter ce glissement vers la dépendance », explique-t-il. Or, en reportant ce seuil à 80 ans, la logique change complètement. « Là, on va faire que du curatif », prévient Loïc Gobé. En d’autres termes, les bénéficiaires risquent d’attendre d’être en situation de dépendance avancée avant de solliciter une aide extérieure. « On va inciter les gens à attendre d’être rentrés dans la grande dépendance pour faire appel à un service extérieur », poursuit-il. Une stratégie qui pourrait s’avérer contre-productive, y compris sur le plan économique : « ça va nécessairement coûter beaucoup plus cher », estime-t-il.
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