
«La dette française est un piège dangereux, potentiellement irréversible.» D’emblée, le Premier ministre François Bayrou a donné le ton de la grande conférence sur les comptes publics qui s’est tenue ce mardi 15 avril. Ministres, parlementaires et syndicalistes s’y sont succédé avec une idée en tête : trouver 40 milliards d’euros d’économies d’ici 2026. Dans le viseur d’Amélie de Montchalin, ministre déléguée aux Comptes publics : les dépenses de santé, et en particulier… les arrêts de travail. «On est dans une très grande dérive depuis 2019», a-t-elle alerté. Les chiffres lui donnent raison : en 2023, l’Assurance maladie a déboursé 17 milliards d’euros rien que pour les arrêts maladie, dont 10,2 milliards dans le paiement des indemnités journalières. Des chiffres qui font tousser à Bercy.
Trop d’arrêts maladie, pas assez de travail ?
Mais pourquoi une telle explosion ? Pour Astrid Panosyan-Bouvet, ministre déléguée à l’Emploi, le problème est aussi structurel : «Parmi ceux qui sont en âge de travailler, beaucoup moins travaillent», a-t-elle pointé. Notamment les jeunes et les seniors, dont l’insertion professionnelle est plus que fragile. Et moins d’activité, c’est moins de cotisations, et donc moins d’argent dans les caisses pour financer les arrêts maladie. «L’enjeu, c’est le temps de travail», a affirmé la ministre, avant de sortir la calculette : «Chaque Français en âge de travailler travaille 2 à 3 heures de moins par semaine qu’un Allemand ou un Britannique, et 350 heures de moins (par an, NDLR) qu’un Américain.» Une différence qui s’explique, selon elle, par «un nombre de jours de congés et d'arrêts maladie beaucoup plus élevé» que chez nos voisins. Une étude du cabinet BSI, publiée le 10 avril, soutient d’ailleurs les propos de la ministre. Sur huit pays sondés – dont la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Allemagne –, la France affiche le taux le plus élevé d’arrêts maladie prolongés : 15% durent plus d’un mois.
Sur ce dernier point des arrêts maladie, «le vieillissement de la population l'explique en partie», mais en partie seulement. Pour le ministère du Travail, face à l'«augmentation du taux de recours (aux arrêts maladie, NDLR), notamment chez les jeunes», il faut une «responsabilisation accrue des salariés». «La France est très performante en matière de protection de l’emploi», a souligné Astrid Panosyan-Bouvet. L’objectif serait donc de trouver «le bon équilibre entre performance économique et performance sociale», sans donner davantage de détails. Car François Bayrou l’a répété : l’heure est au «diagnostic», et aucune mesure concrète n’a encore été décidée. Le locataire de Matignon a prévenu : «Notre but, c’est que ces grandes orientations et ces grands choix soient proposés (…) avant le 14 juillet.» Traduction : les arbitrages viendront d’ici l’été, pour un budget annoncé à la rentrée.




















