
En plus de la fête du travail, le 1er mai est aussi le jour du muguet. Tradition florale symbolisant la chance, celle-ci ne fait pourtant plus sourire les fleuristes. Depuis des années, la Fédération française des artisans fleuristes (FFAF) dénonce «une situation aberrante qui autorise n’importe qui à vendre du muguet le 1er mai, mais pas les fleuristes».
La règle est claire : le 1er mai, jour férié chômé, interdit aux salariés de travailler, sauf dans les secteurs dits «essentiels» (santé, transports, etc.). Les fleuristes, comme les boulangers, ne bénéficient d’aucune dérogation spécifique. Résultat : un employeur ne peut légalement demander à ses salariés de travailler le 1er mai, sous peine de sanctions. En clair, l'employeur peut décider d'ouvrir mais sans faire venir ses salariés.
Pourquoi les fleuristes ne peuvent-ils pas travailler le 1er mai ?
Un paradoxe renforcé par une exception : le 1er mai, les particuliers et associations peuvent vendre du muguet sur la voie publique, à condition de respecter certaines règles (brins cueillis à l’état sauvage, sans autres fleurs, et à distance d’un commerce). Une concurrence que la profession juge déloyale et hors cadre légal, les vendeurs de rue échappant selon elle aux contrôles et aux sanctions. Les professionnels réclament «une stricte application du code rural».
Pendant des années, des métiers pourtant classés comme «non essentiels», dont les boulangers et fleuristes, ont pu faire travailler leurs salariés volontaires, sans être inquiétés, faisant preuve d’une «tolérance» des autorités. Mais cela a changé. Depuis 2021, comme nous l’explique Farell Legendre, président de la FFAF, les inspections du travail ont été renforcées, entraînant rappels à la loi et verbalisations dans les jardineries et commerces, y compris en 2023 et 2024.
La fédération française des artisans fleuristes alerte sur «un climat d'insécurité juridique croissant» et exprime ses craintes de voir les contrôles de l'inspection du travail se multiplier dans la profession. «Dans le contexte économique actuel, de nombreux salariés souhaitent travailler le 1er mai pour pouvoir être payés double», souligne Farell Legendre, fleuriste, dans le XVe arrondissement de Paris.
Vers une réforme du travail le 1er mai ?
Face à cette situation, une réforme est en vue. Le 25 avril, les sénateurs centristes ont déposé une proposition de loi pour autoriser les établissements déjà ouverts le dimanche à ouvrir également le 1er mai. Une refonte de l’article L. 3133-6 du Code du travail saluée par la ministre du Travail lundi, qui a remercié «les sénateurs qui ont déposé cette proposition de loi (le 25 avril, ndlr)», Annick Billon (Union des démocrates et indépendants) et Hervé Marseille (Union centriste).
Un pas important d’après la FFAF : «Le soutien public de la ministre Vautrin est une reconnaissance historique pour notre profession.» Son président rappelle de son côté qu’il était nécessaire «d’apporter une clarification juridique sur ce que pouvaient faire ou non les fleuristes le 1er mai». Cette évolution vise également à sécuriser un moment clé pour l'activité commerciale des fleuristes, en évitant de perdre une opportunité significative de chiffre d’affaires.
D'après une étude menée par Kantar pour VALHOR et FranceAgriMer, les Français ont dépensé l’an dernier 19,4 millions d’euros pour l’achat de ces fleurs blanches en forme de clochettes. Calendrier législatif oblige, impossible que cette réforme soit adoptée pour ce 1er mai 2025. Comme ces dernières années, les contrôles de l'inspection du travail sont donc susceptibles de survenir de façon inopinée. Toutefois, ceux-ci pourraient disparaître dès le 1er mai 2026 chez les fleuristes et boulangers si la proposition de loi est adoptée dans les mois à venir.



















