
«En mai, faites ce qu’il vous plaît.» Sauf si vous êtes boulanger et que vous voulez faire travailler vos employés le 1er mai… Car en ce jour de fête du travail, la règle est claire : les salariés ne travaillent pas. Et la loi ne prévoit aucune exception pour les professionnels du pain. Contrairement aux secteurs dits «essentiels» (comme les hôpitaux ou les transports), les boulangeries ne sont pas concernées par ce passe-droit. Résultat : un patron ne peut pas mobiliser ses employés, sous peine d’être dans l’illégalité. Seule option ? Mettre lui-même la main à la pâte, ou éventuellement faire appel à «des membres de [sa] famille, sous réserve qu’ils ne soient pas salariés de l’entreprise», précise la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française (CNBPF).
Et gare aux patrons qui ne respecteraient pas la loi. Car, en cas de contrôle par l’inspection du travail, ils s'exposent à une lourde amende : 750 euros pour un salarié classique et 1 500 euros pour un apprenti. Et même si, comme le rappelait Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, le 16 avril sur France 2, l’inspection du travail bénéficie d’une liberté de décision dans le «contrôle de la loi», cela ne signifie pas pour autant qu’elle se montre clémente lors d’une infraction au Code du travail.
Le pain est une tradition française. Un boulanger est autorisé à travailler le 1er mai, mais pas ses salariés.
— Catherine Vautrin (@CaVautrin) April 16, 2025
Je m’engage à soutenir les initiatives parlementaires qui feront évoluer la loi et permettront aux salariés des boulangeries de travailler le 1er mai s’ils le… pic.twitter.com/Au37AO7hVD
Une proposition de loi qui pourrait tout changer pour les boulangers ?
«Depuis une centaine d'années, la filière a été très peu contrôlée. L’usage était que le 1er mai, les boulangers et leurs salariés travaillaient», explique Dominique Anract, président de la CNBPF, la fédération boulangère. Et ce, même si la loi ne l'autorisait pas. Car actuellement, seule une autorisation ministérielle datant de 1986 permet aux patrons – et aux patrons seulement – d’ouvrir les portes de leur boulangerie à la clientèle. Une obligation pas toujours respectée... A tel point qu'en 2024, cinq boulangeries vendéennes ont été condamnées à un rappel à la loi. Depuis, les boulangers jouent la carte de la prudence, mais demandent un assouplissement de la réglementation.
A quelques jours de la fête du travail, Catherine Vautrin s'était engagée au micro de France 2 «à soutenir les initiatives parlementaires qui feront évoluer la loi et permettront aux salariés des boulangeries de travailler le 1er mai, s’ils le souhaitent». Lundi 28 avril, la ministre du Travail avait ainsi remercié «les sénateurs qui ont déposé cette proposition de loi [le 25 avril, ndlr]», Annick Billon (Union des démocrates et indépendants) et Hervé Marseille (Union centriste).
D’autres secteurs concernés
Les boulangers ne sont pas les seuls à faire part de leur colère. Mécontentement partagé par la fédération française des artisans fleuristes qui «interpelle les pouvoirs publics sur le travail des salariés fleuristes le 1er mai». La fédération, dans un communiqué, dénonce une «situation aberrante qui autorise n’importe qui à vendre du muguet le 1er mai, mais pas les fleuristes».
Mais calendrier serré oblige, «il est impossible que cette loi s'applique pour ce 1er mai 2025», nous confie Annick Billon. Tout n’est pas perdu pour autant : si elle est votée, cette mesure s'appliquera dès l'année prochaine. Et elle serait serait gagnante-gagnante, selon le président de la CNBPF : les employés qui souhaitent travailler ce jour-là sont payés double – car Dominique Anract le précise, «le choix de venir au travail, ou non, appartiendra au salarié». Les 35 000 patrons concernés, eux, pourront compter une journée de plus dans leur chiffre d’affaires. «Ce qui représente plus de 70 millions d’euros en plus», chiffre la fédération. Difficile pour le gouvernement de s’asseoir sur cette part non négligeable de recettes fiscales, alors que le temps est aux grandes économies.


















