La tension monte d’un cran entre Paris et Moscou. Restée discrète depuis l’arraisonnement du pétrolier «Pushpa» — également connu sous le nom de «Boracay» — au large de Saint-Nazaire ce week-end, la Russie a officiellement réagi ce jeudi 2 octobre. Vladimir Poutine a dénoncé l’opération menée par la Marine française, la qualifiant de «piraterie», rapporte Le Parisien. Le «Boracay», un pétrolier de 244 mètres, fait partie de ce que les experts appellent la «flotte fantôme» russe : un réseau tentaculaire de navires opérant dans la clandestinité, souvent associés au contournement des sanctions internationales.

Pavillons changeants, sociétés écrans installées dans des paradis fiscaux, transpondeurs régulièrement désactivés… Autant de stratégies d’évitement qui rendent leur traçabilité et leur contrôle particulièrement complexes. «Chaque jour, entre 10 et 15 bateaux de la flotte fantôme passent au large de Brest», confie une source militaire à l’AFP. Le «Boracay» aurait navigué sous au moins sept pavillons différents ces dernières années (Djibouti, Gabon, Hong Kong, Saint-Kitts-et-Nevis, Liberia, îles Marshall, Mongolie), selon les données du site OpenSanctions.org.

Le commandant et son second placés en garde à vue

Selon les autorités françaises, le pétrolier transportait une importante cargaison de pétrole en provenance de Russie, à destination de l’Inde, en violation présumée des sanctions européennes. L’interception a eu lieu samedi dernier, dans les eaux internationales proches de Saint-Nazaire. Les commandos marine français ont procédé à l’arraisonnement du navire, après avoir constaté plusieurs anomalies. Mercredi, des membres de la Marine nationale sont également intervenus à bord du navire.

Ce jeudi, le procureur de Brest a apporté des précisions : «Cette opération, fondée sur l’article 110 de la convention ONU de Montego Bay, était motivée par les incohérences présentées par le pétrolier quant à sa nationalité. (…) L’enquête réalisée par la Marine nationale a conclu à une absence de pavillon», a-t-il indiqué dans un communiqué. Le commandant et son second, tous deux de nationalité chinoise, ont été placés en garde à vue. Seul le commandant sera jugé pour «refus d’obtempérer» et comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Brest le 23 février 2026, précise Ouest-France.

De son côté, Emmanuel Macron a évoqué des «comportements inappropriés et extrêmement agressifs à l’égard de notre frégate et des hélicoptères qui avaient été déployés» pour arraisonner le bâtiment. Au-delà du trafic de pétrole, le Boracay est également dans le viseur des services de renseignement européens. Le navire était présent au large du Danemark fin septembre, période durant laquelle des drones suspects ont perturbé le trafic aérien du pays. Le site spécialisé The Maritime Executive avance qu’il aurait pu servir de «plate-forme de lancement» ou même de «leurre».

Toutefois, l’enquête française en cours ne porte pas sur cet aspect. L’origine des drones reste officiellement inconnue, mais les autorités danoises soupçonnent fortement la Russie, déjà mise en cause pour une incursion de drones dans l’espace aérien polonais quelques semaines plus tôt.