
A la fois agent d’influence, financier du Saint-Siège, avocat redoutable et pion utile pour la CIA, selon Le Monde diplomatique, Sindona aurait été choisi par la mafia pour sa capacité à blanchir les recettes du trafic de drogue, via une constellation de banques italiennes et américaines. A la fin des années 1960, ses «talents» attirent l'attention de Monseigneur Marcinkus, patron de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque du Vatican. Les liens de Sindona avec la mafia sont notoires, mais le grand argentier du Saint-Siège ne s'en émeut pas outre mesure et va multiplier à ses côtés les montages financiers douteux.
L'avocat devenu banquier, pour ses débuts au Vatican, commence par racheter au prix fort la participation de 33% dans la Societa generale immobiliare, constructeur de l'immeuble du Watergate à Washington dont le Vatican voulait se débarrasser. Grâce à son entremise, Marcinkus rencontre le banquier Roberto Calvi, directeur général puis président du Banco Ambrosiano, qui s'associe à l'IOR. Ensemble, ils créent des filiales dans des paradis fiscaux (Panama, Luxembourg...) Les transferts d'argent colossaux se multiplient – Banco Ambrosiano gère la machine à sous, l'IOR touche de généreuses commissions, au grand dam de certains cardinaux qui ne sont ni dupes, ni d'accord.
En 1986, il est retrouvé mort empoisonné dans sa cellule
Un pied dans la mafia, un autre au Vatican... et les mains dans la CIA. Car le «banquier de Dieu» fait transiter, pour les services de renseignements américains, 4 millions de dollars destinés aux colonels grecs après le coup d'Etat d'avril 1967. Alors que les États-Unis redoutent la montée du communisme en Europe, la CIA voit en Sindona un allié. Grâce à son réseau bancaire opaque, il permet de financer discrètement des partis ou des mouvements conservateurs favorables aux intérêts américains. Selon plusieurs enquêtes, Sindona aurait ainsi facilité des transferts de fonds vers des réseaux anticommunistes, jouant un rôle d’intermédiaire officieux dans une guerre d’influence où la finance est une arme stratégique.
En 1974, sous le coup d'un mandat pour banqueroute frauduleuse, Sindona quitte l'Italie et se tourne donc vers les Etats-Unis. Pas une franche réussite : il est arrêté en 1979 après la faillite de la Franklin National Bank à New York. Poursuivi pour fraude, détournement de fonds et parjure, Sindona est inculpé et écroué. Extradé en Italie en 1984, il est condamné à perpétuité deux ans plus tard pour ses krachs financiers et pour son rôle dans le meurtre de Giorgio Ambrosoli, avocat chargé d’enquêter sur ses affaires troubles. En mars 1986, quelques jours après avoir annoncé vouloir révéler des noms, Sindona est retrouvé mort empoisonné au cyanure dans sa cellule.
Le coup de ménage du pape François
Conscient de cet héritage sulfureux, le pape François – décédé le 21 avril dernier – a, dès le début de son pontificat, engagé une réforme profonde des finances du Vatican. Il a dénoncé publiquement les collusions mafieuses et excommunié ceux qui s’en réclament, affirmant que l’Église ne pouvait être complice du crime organisé. Dans la lignée de cette volonté de transparence, il a renforcé les mécanismes de contrôle internes et imposé plus de rigueur à l’Institut pour les œuvres de religion, marquant une rupture claire avec les dérives passées incarnées par des figures comme Michele Sindona.


















