Dans un article de Géo, Christophe Dickès, docteur en histoire contemporaine et spécialiste du catholicisme, rappelle que les liens entre mafia et Vatican dateraient de plus d’un siècle. La Banque du Vatican, l'IOR, a longtemps été accusée de blanchir l’argent sale de la criminalité organisée. Revenant sur la mort violente, en 1982, du banquier Roberto Calvi, Christophe Dickès écrit : «Sa mort avait été commanditée par des groupes mafieux afin de le punir de s’être emparé de grosses sommes d’argent appartenant à Cosa Nostra et à la Camorra». Ces sommes placées à l'IOR avaient servi «à alimenter les groupes antimarxistes et à accélérer la chute de l’Union soviétique

Mais les choses ont changé, particulièrement sous l'impulsion du pape François. Le souverain pontife, disparu ce 21 avril à l'âge de 88 ans, a multiplié les prises de parole condamnant avec virulence les exactions mafieuses, sans occulter le rôle qu'a pu, jadis, jouer le Saint-Siège. Dès 2014, François déclare que l’appartenance à la mafia est incompatible avec la foi catholique et constitue un motif d’excommunication, dénonçant un «culte du mal». Il lance également un groupe de travail destiné à renforcer cette ligne doctrinale contre la corruption et la criminalité organisée.

«Les mafieux ne sont pas des chrétiens», insistait le pape François

La nomination, en 2019, du juge antimafia Giuseppe Pignatone à la tête du tribunal du Vatican symbolise cette volonté de réforme. Deux ans plus tard, pendant la crise sanitaire, le pape François accuse les organisations criminelles d'exploiter la pandémie, et répète : «Les mafieux ne sont pas des chrétiens». Depuis plusieurs années, le Saint-Siège est soumis aux normes internationales de transparence financière, imposant à l'IOR de renforcer ses contrôles. L'Autorité de supervision a d'ailleurs noté en 2024 une baisse de 30 % des activités suspectes de la banque du Vatican.

Reste que les liens passés entre la mafia et le Vatican continuent de hanter l'institution. Certains spécialistes, comme le journaliste Gianluiggi Nuzzi, auteur du livre Vatican S.A, les archives secrètes du Vatican (2011) suggèrent que des réseaux ont pu conserver une influence. «Il reste un certain nombre de poches un peu obscures au sein du Vatican en termes de financements, confirmait, en décembre 2024 sur France 3, le rédacteur en chef adjoint du journal La Croix, Loup Desmond de Senneville, il y a donc eu des craintes internes qu’un discours trop clair sur la mafia et un discours trop concret d’un point de vue juridique sur la mafia menacent les intérêts internes au Vatican