
Accor s’est transformé ces dernières années. En Bourse, le géant des hôtels du CAC 40 a rangé le costume d’hôtelier traditionnel pour «enfiler celui de pure play asset‑light : un groupe plus léger en actifs, plus nerveux, qui encaisse la normalisation post‑Covid tout en restant greffé au cœur battant du tourisme mondial et aux caprices du cycle économique», relève James D. Touati (dit le Loup de Zurich), consultant, formateur, trader et président-fondateur de The Nest, interrogé par Capital. Entre les dividendes et les rachats d’actions (un mécanisme qui permet de doper les bénéfices par action d'Accor et donc le cours de Bourse), Accor gâte ses actionnaires, mais «la dette est à surveiller», met toutefois en garde le financier.
Les actions Accor naviguent en ce début 2026 dans la zone des 47-48 euros, à un souffle du plus haut annuel (autour de 51 euros). Le premier semestre 2025 a présenté un tableau contrasté : le chiffre d’affaires progresse modestement, autour de 2,75 milliards d’euros, l’EBITDA (marge opérationnelle avant amortissements) récurrent passe la barre des 550 millions d’euros, mais le bénéfice avant impôt «recule, plombé par un effet de base moins favorable et la disparition de vents arrière exceptionnels», note l’expert. En parallèle, le message envoyé aux actionnaires reste limpide : un nouveau programme de rachat d’actions d’environ 240 millions d’euros «vient s’ajouter à ce dispositif déjà en place, confirmant une allocation du capital calibrée pour soutenir le cours de Bourse et muscler le bénéfice par actions», salue le consultant.
Quelles sont les perspectives d’Accor ?
La feuille de route ne manque pas d’ambition. Accor vise une croissance du chiffre d’affaires de l’ordre de 8-10% par an sur 2025-2027, avec un EBITDA récurrent attendu en progression proche de 9-10% en 2025. Le pipeline est chargé, avec «plusieurs centaines d’ouvertures en préparation et un focus assumé sur le luxe, le lifestyle et les zones les plus dynamiques du globe - Asie, Moyen‑Orient, Amériques - qui tirent mécaniquement la croissance dans un modèle de plus en plus asset‑light (léger en actifs, ce qui est généralement apprécié par la communauté financière, puisque ça dope la rentabilité des capitaux engagés, NDLR)», apprécie le Loup de Zurich.
Le consensus (les attentes de la communauté financière) ne boude pas son plaisir : les analystes financiers s’attendent à un bénéfice par action «en hausse de l’ordre de 10-12% en 2025 (après une augmentation de 20-25% en 2024), ce qui dessine une trajectoire de croissance à deux chiffres sur plusieurs années, compatible avec un statut de valeur de croissance raisonnablement chère dans l’hôtellerie», note l’expert.
Quel potentiel pour les actions Accor, en Bourse, selon l’analyse financière et l’analyse technique ?
Selon l’analyse financière (l’analyse des fondamentaux, des comptes de la société, du degré de cherté des actions), avec un PER (valeur en Bourse rapportée aux profits estimés sur 2 mois, traditionnelle jauge du degré de cherté des actions) qui gravite autour de 18-19 fois, les actions Accor se paient au‑dessus de la moyenne historique du secteur : «un niveau qui ne laisse que peu de place à l’improvisation (le marché actions exige à ces niveaux de cours une exécution quasiment sans faux pas sur la croissance et les marges)», met en garde le Loup de Zurich. La fourchette des objectifs de cours des analystes financiers, grosso modo entre 40 et 60 euros (contre un cours de Bourse actuel de 47 euros, à l’heure où ces lignes sont écrites), laisse encore un potentiel théorique à la hausse en Bourse pour les actions Accor, «entre prudence et optimisme tempéré», note le financier.
Le message de l’analyse technique (analyse graphique et mathématique de l’évolution du cours de Bourse, qui sert à élaborer les scénarios jugés les plus probables sur les perspectives d’une action ou d’un autre actif financier) est toutefois moins engageant, puisque le cours de Bourse actuel d’Accor semble se situer sur une zone de vente, selon le Loup de Zurich. Et la divergence baissière observée sur l’indicateur mathématique RSI traduit un certain essoufflement du mouvement haussier, ce qui conforte la nécessité d’une certaine prudence sur les actions Accor. Les objectifs de cours (selon l’analyse technique) sont situés sur le graphique ci-après (en données mensuelles). Sur un graphique en données journalières, «un biseau ascendant (configuration à implication baissière) est facile à repérer et signalerait donc une baisse probable vers 35 euros. Attention ! A surveiller !», selon James D. Touati.

Attention à ces risques pour Accor, qui ne sont pas à sous‑estimer
«Retournement baissier de l’économie, choc géopolitique et crise sanitaire peuvent faire décrocher en quelques trimestres les taux d’occupation et le RevPAR (revenu moyen par chambre disponible, référence du secteur de l'hôtellerie pour mesurer les revenus d'un établissement), notamment sur les bastions européens et asiatiques», rappelle le Loup de Zurich. À cela s’ajoute un levier financier bien réel, avec une dette totale autour de 4,3 milliards d’euros et une dette nette proche de 2,5 milliards d’euros, soit un ratio dette/fonds propres grossièrement situé entre 1 et 1,5, qui renforce la sensibilité aux mouvements des taux et au cycle économique.
Dernier étage du risque : le choix assumé d’Accor d’un modèle léger en actifs très orienté franchises, qui représente près de 40% des revenus. Cette architecture «impose une discipline d’exécution chirurgicale et un contrôle serré des partenaires, car la moindre dérive opérationnelle ou de qualité se paie comptant en image, en pricing power (capacité à imposer ses prix aux clients) et, in fine, en multiples (niveau de valorisation en Bourse)», avertit l’expert. Le couple rendement/risque est clairement typé «cyclique haut de gamme» : valorisation élevée en Bourse, bilan globalement acceptable mais à surveiller, forte sensibilité à l’économie et à la géopolitique. «Ce n’est pas une action à épouser et oublier (c’est-à-dire une valeur buy and hold, à acheter puis à conserver indéfiniment), c’est un dossier à trader (bien choisir ses timings à l’achat et à la vente sur les actions Accor), à encadrer avec un money management (gestion des risques, pour un actionnaire) rigoureux, où l’on encaisse la prime tant que la musique joue… tout en gardant toujours un œil sur la porte de sortie», conclut le financier.
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