En plus des arènes et de sa célèbre Maison carrée, Nîmes s'apprête à accueillir un autre monument. Mais un monument du commerce, cette fois, puisqu'un grand magasin Galeries Lafayette doit ouvrir en plein centre-ville, en octobre prochain. Situé au deuxième étage du centre-commercial La Coupole des Halles, l'enseigne prévoit de s'installer sur 3700m2 de surface commerciale et d'attirer 150 marques, dont un grand nombre de «références de la mode premium qui ne sont pas à Nîmes».

Pas question d'y faire ses courses pour le moment. Derrière de grandes bâches qui annoncent l'ouverture prochaine de la célèbre enseigne, l'heure est aux travaux. Sur le chantier, une dizaine d'ouvriers s'activent, dans le bruit des meuleuses et la poussière de béton. Quelques sols ont été posés et laissent entrevoir la qualité des matériaux choisis : parquet en bois, carreaux de terrazzo et bandes de laiton.

A quelques pas des arènes, le futur grand magasin nîmois est encore en travaux derrière de grandes bâches.
A quelques pas des arènes, le futur grand magasin nîmois est encore en travaux derrière de grandes bâches. © Capital

«Citez-moi une ville qui va ouvrir un grand magasin», interroge le 1er adjoint au maire de Nîmes.

Mais on est encore loin du rendu final, visible sur les dessins d'architecte accrochés aux murs, qui doivent permettre d'aider les élus locaux et la presse à se figurer le résultat, à l'occasion d'une visite de chantier, mardi 30 avril. «Notre objectif était que la Coupole se métamorphose, là on commence à voir les volumes, la hauteur sous plafond, les matériaux, cela donne une idée de ce que sera le papillon qui commence à éclore», présente Pierre-Antoine Desplan, directeur général de Socri Limited, qui porte le projet. D'ici quelques jours, deux escalators monumentaux relieront directement le rez-de-chaussée au plateau du grand magasin, tandis que la suppression de l'enveloppe intérieure du bâtiment libérera de grands espaces de vitrines sur la rue, «comme à Haussmann!».

Malgré les inquiétudes qu'ont fait naître le projet chez certains commerçants et les doutes qui ont jailli sur la capacité des équipes à aller au bout du projet, le président de Nîmes Métropole et 1er adjoint au maire semble désormais conquis. «Citez-moi une ville qui va ouvrir un grand magasin», interroge Franck Proust, à ceux qui sont là. Sans réponse, il poursuit : «On va avoir un projet d'exception au cœur de la ville, un centre-ville qui connaît une nouvelle vie en termes de dynamique commerciale», promet l'élu.

Un tandem de franchisés qui a remis à flot les Galeries Lafayette de Béziers

Mais attention, ce n'est pas le groupe Galeries Lafayette qui est à la manœuvre. Concentré sur ses paquebots parisiens et son développement international, le groupe a seulement concédé la franchise à un tandem qui a fait ses preuves. Associés dans une joint-venture, la foncière Socri et le spécialiste de la mode Planet Indigo n'en sont pas à leur coup d'essai. Partenaires depuis dix ans, ils ont repris ensemble le magasin de Beziers, que le groupe Galeries Lafayette voulait fermer, s'il ne parvenait pas à le céder. Depuis, le tandem occitan exploite aussi les Galeries Lafayette d'Avignon, toujours sous contrat d'affiliation.

Et alors que la direction du boulevard Haussmann est régulièrement inquiétée pour les difficultés judiciaires ou sociales de ses deux principaux franchisés, Michel Ohayon via Hermione Retail et Frédéric Merlin avec la Société des grands magasins, ce duo-là obtient de bons résultats. «Le magasin de Béziers est revenu à l'équilibre et affiche un résultat légèrement positif, son chiffre d'affaires a progressé de 22% l'an dernier», assure Pierre-Antoine Desplan, directeur général de la Socri.

«Ouvrir plus de 3500 mètres carrés alors qu'on parle de difficultés économiques pour le commerce, c'est un pari, mais un grand magasin, c'est le miracle économique d'une ville», assure Philippe Sempéré, futur président du magasin de Nîmes et patron de Planet Indigo
«Ouvrir plus de 3500 mètres carrés alors qu'on parle de difficultés économiques pour le commerce, c'est un pari, mais un grand magasin, c'est le miracle économique d'une ville», assure Philippe Sempéré, futur président du magasin de Nîmes et patron de Planet Indigo © Capital

Ces preuves de concept ont permis au tandem d'obtenir l'aval du groupe pour ouvrir un nouveau grand magasin ex nihilo. Une première en France depuis l'inauguration du Galeries Lafayette des Champs Elysées en 2019. Et un sacré pari alors que l'enseigne ferme ses deux points de vente de Marseille et risque de subir aussi la fermeture de Rosny 2.

«Je remercie Philippe Houzé (président du directoire du groupe Galeries Lafayette - NDLR) pour avoir accepté d'aller sur cette ville de Nîmes. Ouvrir plus de 3500 mètres carrés alors qu'on parle de difficultés économiques pour le commerce, c'est un pari, mais un grand magasin, c'est le miracle économique d'une ville», assure Philippe Sempéré, futur président du magasin de Nîmes et patron de Planet Indigo. A quelques mois de l'ouverture, le futur boss lance au passage la campagne de recrutement.

Alors que 50 emplois seront créés sur le magasin, une boîte aux lettres vient d'être installée pour recevoir les premières candidatures spontanées.

Un investissement total de plus de 15 millions d'euros dans le centre-ville et un million de visiteurs attendus

Pour le tandem Socri/Planet Indigo, le projet correspond à un investissement total de 8 millions d'euros, auxquels la commune a ajouté une enveloppe de 2,47 millions d'euros pour la rénovation des abords du bâtiment et la piétonnisation d'une des rues adjacentes, alors que le magasin Zara situé juste en face de ce futur "petit grand magasin" est également en travaux, pour doubler sa taille, demandant un effort de 5 millions d'euros à sa maison-mère. Au-delà des perturbations engendrées par les travaux pour quelques marchands des Halles gourmandes situées au rez-de-chaussée du bâtiment, le projet a pu inquiéter les commerçants des environs. Mais en redynamisant l'offre commerciale du cœur de ville, l'arrivée des Galeries Lafayette pourrait plutôt leur bénéficier.

L'argent investi va rejaillir sur les commerces adjacents, promet Pierre-Antoine Desplan.
Chantier en cours, au deuxième étage de La Coupole des Halles, à Nîmes, le 30 avril 2025.
Chantier en cours, au deuxième étage de La Coupole des Halles, à Nîmes, le 30 avril 2025. © Capital

Pour le moment, les équipes restent muettes quant aux noms précis des 150 marques qui pourront intégrer cet écrin, promettant «des références de la mode premium, qui ne sont pas encore à Nîmes». Toutes auraient déjà quasiment donné leur accord et seront révélées d'ici fin mai. On imagine des griffes de luxe accessible comme Maje ou Zadig & Voltaire.

En octobre, la ville sera de nouveau à la fête pour l'ouverture. Les équipes espèrent attirer un million de visiteurs par an dans les allées de ce «petit grand magasin» et réaliser à terme «plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires, peut-être 10 millions», estime Pierre-Antoine Desplan. Le rendez-vous est pris.