
Les mordus de la petite reine savent déjà les reconnaître. Il faut dire que les vélos Van Rysel, qui équipent les cyclistes professionnels de la formation Decathlon AG2R La Mondiale (en passe d’être renommée Decathlon-CMA CGM, avec la défection de l’assureur, et l’arrivée à bord de l’armateur marseillais), se sont déjà fait une belle réputation, en à peine deux ans de peloton. Depuis le printemps 2024, les coureurs de cette équipe française se sont mis à enchaîner les bons résultats, propulsés par ce vélo que personne n’avait vu arriver. L’exercice 2023-2024 leur a ainsi valu une trentaine de victoires.
Et si la formation n’a gagné aucune étape du dernier Tour de France, elle a tout de même classé son leader, l’Autrichien Felix Gall, à la cinquième place de la compétition. « On s’est tous demandé ce qu’était cette marque, se souvient un coureur d’une équipe concurrente, mais ils allaient vite. Ça a rapidement « buzzé » dans le peloton ». Pas mal, pour un modèle novice sur le World Tour, ce circuit des meilleures courses du monde.
Un vélo de pros à moins de 10 000 euros
Lancée à pleine régime, la marque Van Rysel continue de tracer sa route, et de permettre aux stars de l’équipe, les Français Bruno Armirail (en contre-la-montre) et Dorian Godon (pour la course en ligne), d’accrocher à leur palmarès les titres de champion de France. Une sacré fierté pour les concepteurs de ce label, né à deux pas du centre de Lille, au B’Twin Village de Decathlon. Car oui, Van Rysel, qui signifie «qui vient de Lille» en flamand, est une griffe tout droit sortie des cartons du géant des articles de sports, en 2019. « Même si nous sommes leader mondial dans la distribution, sur le marché de la performance, nous étions inexistants. Ce segment haut de gamme nous manquait. Mais à force d’avoir investi en recherche et développement depuis des dizaines d’années, nous étions convaincus que l’on pouvait l’attaquer, et proposer les vélos les plus rapides du monde », confie à Capital Bastien Grandgeorge. Le directeur général France de Decathlon n’hésite d’ailleurs pas, entre midi et deux, à enfourcher sa monture « VR » pour rouler avec les salariés du B’Twin Village. Et il faut un bon coup de pédale pour suivre les coursiers maison !

Dans cette ancienne usine de fabrication de tabac, les ingénieurs et inventeurs du groupe s’emploient à éclipser les grandes marques internationales (Canyon, Trek, Colnago, Specialized…), qui fournissent les meilleures équipes du peloton. Avec un leitmotiv : « sortir un vélo neuf, 30 à 40% moins cher que celui des concurrents », martèle Bastien Grandgeorge, qui a fixé la limite à moins de 10 000 euros pour les modèles très haut de gamme. Alors même que les firmes étrangères n’hésitent pas à commercialiser les répliques des pros entre 15 000 et 20 000 euros pièce...
L’enjeu est de taille, puisque les dépenses annuelles des cyclistes français pour leur sport culminent à plus de 3 milliards d’euros. Et si la baisse du pouvoir d’achat a freiné le développement de ce marché, le segment des vélos pèse à lui seul toujours plus de 2 milliards, selon les derniers chiffres de l’Union Sport et Cycle. Avec une dynamique plus positive sur deux disciplines en particulier, la route et le Gravel (terme désignant un vélo hybride, pour chemin caillouteux), qui constituent justement le cœur de cible de Van Rysel, et lui permettent déjà d’engranger 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. «Nous avons voulu créer la marque pour s’adresser aux athlètes, aux experts, à tous ces passionnés qui veulent s’équiper comme des pros. Et comme on croisait pas mal de concurrents venus dans les Flandres pour tourner leur pub, on a voulu surfer sur notre région. Avec Paris-Roubaix notamment, et le Grand Départ du Tour de France 2025 à Lille, cette terre de vélo est connue dans le monde entier», détaille Maxime Delabre, le directeur marketing de Van Rysel.
La recherche des gains marginaux
Dans son magasin pilote de 300 mètres carrés, installé au cœur du B’Twin Village, les vélos du label sont évidemment en bonne position. Mais on trouve aussi des casques, des accessoires, des t-shirts, de la nutrition sportive et même un savon en forme de pavé, typique du tracé roubaisien… Soit l’univers complet d’une marque. «Le dernier vélo sorti est une copie conforme de celui des coureurs. Nous avons travaillé en soufflerie pour améliorer l’aérodynamisme. Le cintre du guidon est plus profilé, on a gagné 15 grammes sur la tige de la selle et on développe 11 watts de puissance en plus grâce à notre nouvelle potence, plus légère de 30 grammes. Ces gains marginaux sont essentiels», détaille Jérémie Debeuf, chef de produit Van Rysel, qui collabore directement avec les coureurs de l’équipe.
Ces sportifs donnent d’ailleurs de leur personne, dans les chambres climatiques de la marque, qui reproduisent des conditions de froid ou de chaleur extrêmes. Et permettent donc d’évaluer l’effet des textiles sur la régulation du corps. Autant d’innovations qui, à l’issue des tests, iront garnir les showrooms de Van Rysel, pour l’heure limités à six magasins dans le monde (dont Londres, Zurich, Shanghai ou Bruxelles), ainsi que les corners installés dans les magasins Decathlon. Et peut-être, comme l’a promis début juillet l’équipe cycliste, l’aideront à enfin gagner le Tour de France, d’ici à 2030.
En chiffres
750 euros
Prix du vélo de route entrée de gamme de la marque, le RC500
500 millions d’euros
Chiffre d’affaires de la marque
+50%
Hausse du budget de l’équipe roulant en Van Rysel pour 2026, à 40 millions d’euros
- Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
- Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
- Lecture immersive, publicité limitée
- Sans engagement















