
Après le horsegate (scandale de la viande de cheval dans les lasagnes Findus en 2013), voici le thongate ! Ce mardi 29 octobre, les ONG Bloom et Foodwatch ont présenté un rapport accablant sur le thon en conserve. Sur 148 boîtes de thon achetées en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en Italie, 100% des produits sont contaminés par du mercure, un puissant neurotoxique. 57% dépassent même la teneur de 0,3 mg/kg de produit -le plafond appliqué aux autres poissons lorsqu’ils sont frais- et 10% se situent au-dessus de 1 mg/kg - la norme cette fois appliquée, par exception, au thon lorsqu’il est vendu frais.
En France, la marque Petit Navire (Thai Union Frozen) est particulièrement montrée du doigt avec une teneur en mercure record de 3,9 mg/kg, c’est-à-dire 13 fois plus élevée que celle des autres espèces de poissons. Mais le fabricant n’est pas le seul à revêtir le bonnet d’âne. «Des boîtes de conserve à marque de distributeurs comme Carrefour ou Lidl ont également été analysées et révèlent des taux élevés de mercure», nous confie Camille Dorioz, directeur des campagnes chez Foodwatch. Mais alors pourquoi certaines boîtes de conserve ont des teneurs plus élevées que d’autres ? «C’est la loterie ! Ça dépend du thon pêché, plus il est vieux plus il sera contaminé, mais également de l'espèce ou encore de la zone de pêche. La teneur en mercure varie d’un poisson à l’autre», ajoute-t-il.
Deux à trois fois plus de mercure dans une conserve de thon que sur du frais
C’est pourquoi les deux ONG militent pour abaisser le seuil à 0,3 mg/kg dans le cas du thon, comme pour le reste des espèces de poissons. Et donc pour mettre fin à cette exception, qui voit l’Union européenne tolérer une teneur jusqu’à 1mg/kg pour le thon frais. La raison invoquée jusqu'ici par les autorités ? Le thon, comme l'espadon ou le requin, est un super prédateur des océans, qui se nourrit de poissons déjà infectés. Il présente ainsi une contamination décuplée en mercure par rapport à de plus petites espèces, dont certaines se nourrissent de plancton. Reste que ces arguments n’expliquent pas pourquoi il n’existe visiblement pas de normes dans le cas des conserves, alors même que, comme le souligne le rapport, le thon en boîte perd beaucoup d’eau, et que le mercure s’y retrouve deux à trois fois plus concentré que dans le frais.
Et ce n’est un secret pour personne : le mercure est une substance dangereuse. Même consommé à faibles doses, il peut entraîner de graves troubles du développement neuronal chez les enfants et attaquer le fonctionnement cérébral, cardiovasculaire, immunitaire, rénal et reproductif des adultes. Ce polluant, présent principalement sous forme gazeuse dans l’atmosphère, est lié à la combustion du charbon et aux activités minières. Il se retrouve dans les océans via la pluie et se mélange à des bactéries pour se transformer en méthylmercure.
Pas de normes pour préserver les ventes ?
Alors que 80% des Français consomment du thon en boîte, le flou qui règne sur les normes aurait-il uniquement pour but de préserver les ventes d’un poisson présenté comme bon pour la santé ? «Malgré le discours insistant des industriels de la pêche sur le sujet, le thon est beaucoup plus pauvre en oméga 3 que d’autres petits poissons comme la sardine, le hareng ou le maquereau. Il n'existe donc aucune raison sanitaire de maintenir de tels niveaux de consommation concernant cette espèce, ni d’autoriser un seuil plus élevé de mercure», déclare Bloom dans son rapport. Contacté par Capital, Petit Navire n’a pas été en mesure de nous donner d'explications. «Nous avons appris l’existence de ce rapport que ce matin», nous a répondu la marque.



















