
La revanche du voyage. Après l’immobilité forcée liée au Covid-19, le tourisme mondial a retrouvé à 99% son niveau de 2019. Et la croissance n'est pas prête de s’arrêter, puisque le nombre de voyages internationaux devrait encore grimper de 60%, pour atteindre 2,4 milliards de trajets, selon des projections de Deloitte et Google. De nouveaux pays auront émergé dans les top 15 des destinations : l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Indonésie. En attendant, les entreprises rivalisent de créativité pour tenter de s’inscrire en opposition au tourisme de masse.
Les voyageurs sont fatigués des hôtels standardisés à l’autre bout du monde ? Une start-up française comme GreenGo met en avant des vacances locales dans des logements insolites. Ils ne veulent plus partir en famille ? De nouvelles agences de voyages, à l’image du Club Chilowé, ouvrent leurs portes aux vacanciers solos en quête d'aventures dans la nature. «Entre la recherche d’espaces sauvages et des voyages très urbanisés, il y a une polarisation de plus en plus forte dans les pratiques des voyageurs», analyse Armelle Solhelac, consultante spécialisée dans le tourisme. Alors, comment voyagerez-vous demain ? Tour d’horizon des nouvelles tendances.
L'éloge de la lenteur et de la contemplation
Et si, le temps de nos vacances, nous tentions d’échapper à la tyrannie de la vitesse et de l'hyperconnectivité ? Si nous essayions de nous soustraire pour quelques jours, quelques semaines, au bruit et à la fureur de nos vies urbaines ? Si nous découvrions les charmes de la proximité plutôt que ceux de lointaines contrées ? L’aspiration à plus de lenteur, de sérénité et de contemplation fait son chemin dans la tête des Français. Un indice : «Le voyage d’aventure, proche du slow travel, représente entre 15 et 20% du marché aujourd’hui, c’est-à-dire deux fois plus qu’il y a cinq ans», estime Stanislas Gruau, le cofondateur de l’agence Explora Project, spécialiste des séjours «pleine nature», épicés de trek ou de voile.Et c’est compter sans les adeptes du combiné gîte-randonnée ou tente-vélo, qui organisent eux-mêmes leur séjour. Cette envie de simplicité et d’authenticité a incité le groupe hôtelier Tourist d’Adrien Gloaguen à ouvrir trois campings à l’enseigne Liberté en Bretagne, dans le Médoc et dans les gorges du Verdon. Avec 141 millions de nuitées en 2023, ce mode d’hébergement ne s’est jamais aussi bien porté…
La fulgurante ascension du tourisme intergénérationnel
Contraction de «grand-parent» et «camping», le «gramping» a la cote. Les baby-boomers devenus papy-boomers sont non seulement nombreux (15 millions de grands-parents, selon l’Insee), mais aussi en forme et disponibles. Plus de la moitié gardent leurs petits-enfants plus de trois semaines par an. Et ils y mettent le prix puisque 10% d’entre eux dépensent plus de 500 euros par an pour leurs loisirs, selon l’Ifop. «Les baby-boomers concentrent beaucoup d’argent, là où les millenials, la gen Z et la génération alpha sont beaucoup plus pauvres. Les grands-parents vont prendre en charge une grosse partie du budget vacances», confirme Armelle Solelhac, consultante spécialisée dans les nouvelles tendances du tourisme, qui relève que les familles intergénérationnelles représentent la cible numéro 1 pour certaines stations de ski. Les hôtels clubs et villages vacances surfent aussi sur la tendance avec des communications dédiées à l'instar de Club Med. Les VVF dressent une liste des destinations idéales pour des grands-parents seuls avec leurs petits-enfants, promettant à la fois «du temps pour soi et beaucoup de moments de partage».
La tendance «no kids» qui inquiète le gouvernement
Piscines et plages sans cris, siestes sous les pins sans ballon qui vole… Le tourisme «adults only» ou «no kids» séduit une clientèle prête à se séparer de ses enfants pour savourer des congés en toute tranquillité. Encore marginal en France (moins de 3% des établissements), ce concept cartonne chez nos voisins belges, où un restaurant sur dix bannit les enfants. «Un établissement qui accepte les enfants est obligé d’avoir un menu dédié et de proposer des activités. Ce sont des coûts mais pas des sources de profit. Alors que des adultes sans leurs enfants vont consommer plus d’alcool et des repas plus sophistiqués», souligne Armelle Solelhac, PDG de SWiTCH et Above & Beyond, agence de conseil spécialisée dans les nouvelles tendances du tourisme. Ce phénomène, jugé discriminatoire, inquiète les autorités. Raison pour laquelle la haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El-Haïry, a décidé de s’emparer du dossier afin de stopper net ce courant. Fin mai, elle a convoqué les professionnels du tourisme pour exiger un recensement des établissements «no kids» et promouvoir une «charte à hauteur d’enfants». Objectif : remettre les familles au cœur de l’offre du tourisme.
L’itinéraire planifié et ultrapersonnalisé
Tout le monde ne veut pas faire de «digital détox» en vacances. Avec la promesse d’améliorer la vie des voyageurs, les applications de voyage gagnent en popularité. Parmi elles : Polarsteps. Présentée comme un planificateur tout-en-un, elle permet de programmer son itinéraire, de réserver des logements, de raconter son voyage à des proches avec des photos et des vidéos, et de réaliser un album à la fin du parcours. Fondée aux Pays-Bas, la plateforme revendique désormais 15 millions d’utilisateurs, dont 3 millions en France. «Ce type d’applications rassure les voyageurs angoissés à l’idée de se retrouver à l’étranger et de se perdre», observe Armelle Solelhac. Un avant-goût des futurs agents de voyage dopés à l’intelligence artificielle ? «On peut déjà demander à ChatGPT d’organiser des vacances en Italie en lui imposant de multiples contraintes. Les résultats sont bluffants», observe Armelle Solelhac.
La promesse d'activités toujours plus originales
Oubliez le farniente ! Les professionnels du tourisme dépoussièrent les catalogues d’activités pour combler une clientèle avide d’expériences. «L’hôtellerie est devenue un métier de divertissement, au-delà de l'hébergement», met en avant Stéphane Pinatton, associé du cabinet OMS. Une tendance bien identifiée par Airbnb. En mai, la plateforme s’est dotée d’un onglet entièrement dédié aux expériences. Au programme ? Une promenade à cheval à travers les sites sacrés incas (à partir de 48 euros), un atelier cuisine de ramens à Tokyo (127 euros) ou une soirée avec le DJ parisien Pedro Winter (prix non communiqué). Pour vivre ces moments privilégiés avec des célébrités, mieux vaut surveiller l’ouverture des réservations… Airbnb n’est pas le seul à promettre des sensations fortes. A pied, en vélo ou en canoë, les start-up françaises Club Chilowé et Mad Jacques proposent des micro-aventures dans la nature pour pimenter les week-ends.
Le voyage dépaysant sans se ruiner
Chercher des lacs dans le Jura plutôt qu’au Canada. Faire un safari en Allemagne plutôt qu'en Tanzanie. Ou encore parcourir des steppes en Hongrie plutôt qu’en Mongolie… Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour contempler des paysages extraordinaires, il existe sans doute des «travel twins» (ou «voyages jumeaux») ou des «dupe destinations» en Europe. En réaction au surtourisme, cette tendance fait fureur sur les réseaux sociaux. Pour le vacancier, c’est un bon moyen d’éviter l’avion, donc de réduire son empreinte carbone. Les «voyages jumeaux» permettent aussi d’éviter la foule et de trouver des destinations moins chères, en faisant un pas de côté dans les pays étrangers. «Dublin connaît une croissance plus importante des transactions hôtelières par rapport à Londres, tandis que Copenhague dépasse Amsterdam. De même, Stockholm, la "Venise du Nord", attire de plus en plus comparativement à Venise, et Séville constitue une alternative attrayante à Madrid», énumère le Mastercard Economics Institute.
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