À première vue, les chiffres publiés mercredi par la Banque de France ne sont pas si mauvais : 12 milliards d'euros de nouveaux crédits immobiliers accordés en avril, hors renégociations. C'est 600 millions de moins qu'en mars, mais toujours au-dessus de la moyenne mensuelle depuis janvier (11,8 milliards). Mais Pierre Chapon, cofondateur du courtier Pretto, rappelle que « ces montants correspondent aux finalisations de projets, donc à des compromis signés en début d'année ». « C'est un signal moins intéressant que les débuts de projets… et les débuts de projets, eux, sont mous », analyse-t-il.

Ainsi, le creux pourrait s'accentuer. « Le mois de mai a été assez mou, c'est ce qui ressort un peu partout, chez mes confrères aussi », poursuit-il. La reprise de 2025 est en train de s'essouffler, au pire moment : « La haute saison de la recherche de prêt immobilier, c'est de mai à juillet, pour avoir les clés à la rentrée », souligne le professionnel. « On aurait dû voir beaucoup plus de personnes passer à l'action, contacter des courtiers. On ne le voit pas. »

Des taux stables, mais un moral en berne

Pourtant, le taux moyen du crédit immobilier relevé par la Banque de France est resté stable à 3,22 % en avril, et l'Observatoire Crédit Logement CSA mesure 3,25 % en mai. Une hausse qui reste très modeste. « Les taux ont un impact plus psychologique que financier », estime Pierre Chapon. « Ils n'ont pas tant augmenté que ça : on emprunte encore à 3,2 %, 3,3 % ou 3,4 %, alors que l'État, lui, emprunte plus cher. » De fait, l'OAT 10 ans, la dette française qui sert de référence aux banques, a évolué entre 3,70 % et 3,80 % en mai, sous l'effet de la guerre au Moyen-Orient et du retour de l'inflation.

Et du côté des banques, la concurrence joue toujours : « Ce mois-ci, je vois même quelques banques qui baissent leurs taux pour aller chercher des clients », observe le courtier. Certains établissements ont choisi de ne pas toucher à leurs barèmes malgré la hausse des OAT, et relancent des offres ciblées pour séduire les jeunes actifs et les primo-accédants. « Je ne suis pas inquiet sur la capacité des banques à être présentes et à proposer des taux raisonnables. Mais côté sentiment des consommateurs, on devrait continuer sur cette lancée un peu molle, je ne vois pas de raison que ça change », prévient l'expert en crédit.

Un marché mou… donc favorable aux acheteurs

Ainsi, pour des potentiels acheteurs qui sont inquiets par la conjoncture, Pierre Chapon se veut rassurant : « On a l'impression que le monde est instable, mais ça, c'est la géopolitique, l'actualité. Si on regarde le sujet immobilier, c'est plutôt stable : des taux qui bougent peu et restent attractifs malgré l'inflation, des banques qui ont beaucoup de liquidités pour prêter, de la visibilité sur le crédit », résume le cofondateur de Pretto.

Et c'est précisément ce décalage entre un marché qui fonctionne et des acheteurs attentistes qui crée l'opportunité. « Quand le marché est mou, les acheteurs ont beaucoup de pouvoir. Ceux qui ont bien préparé leur financement peuvent négocier, c'est un bon contexte », souligne Pierre Chapon. Face à des vendeurs qui voient moins de visites, un dossier solide (apport, accord de principe bancaire, financement bouclé) devient un argument pour faire baisser le prix. Son dernier conseil vaut pour ceux que la guerre et l'inflation paralysent : « Un achat immobilier, c'est du long terme, et en France les taux sont fixes. Il faut voir loin. Quand on est acheteur aujourd'hui, on a les cartes en main. » N'oublions pas que, quand les loyers augmentent, le remboursement d'un crédit, lui, reste fixe.