
Il ne faudrait pas que le travail de la ministre du logement et de la rénovation urbaine, celui de l’Assemblée nationale avant qu’elle ne rejette la première partie du budget, ne soit mis à bas par l’agitation politique du moment. Il ne faudrait pas et le risque est désormais considérable. La confiance des marchés dans notre pays est ébranlée, et on peut se demander si nous ne sommes pas dans une aporie, condamnés à constater bientôt une hausse des taux d’intérêt qui serait pour l’immobilier la pire nouvelle. En tout cas, le risque est tel qu’on ne saurait trop recommander aux ménages qui ont un projet de ne pas tarder et d’emprunter dans les meilleurs délais. Démonstration et proposition de stratégie.
Les taux d’intérêt sont question de confiance, ce que l’opinion ne mesure souvent pas. Notre pays, comme tous les autres, emprunte de l’argent sur les marchés mondiaux et les taux qui lui sont concédés sont de nature fiduciaire. En clair, les prêteurs estiment le risque de défaut de paiement en cas de difficulté de notre pays et s’en protègent en plaçant les taux à un niveau plus ou moins élevé. Les banques n’agissent pas différemment, au-delà des dépôts dans leurs mains issus des comptes de leurs clients, lorsqu’elles doivent se refinancer et aller chercher des liquidités pour prêter à leurs emprunteurs. La nouvelle vient de tomber : nous empruntons désormais à des taux comparables à ceux de la Grèce, qui fait figure de mauvais élève de la classe européenne, avec un endettement faramineux et une capacité de le réduire jugée très faible par les observateurs économiques. Pour prendre un autre repère, le spread, c’est-à-dire la différence entre le taux auquel emprunte l’Allemagne, et nous ,n’a jamais été aussi élevé et flirte avec les 100 points de base, soit 1% de taux. Du jamais vu.
Des gestes malveillants pour le logement
Pourtant, depuis plusieurs mois, la situation française donnait à espérer, et nos taux étaient orientés à la baisse. Pourquoi? Parce que la France avait accompli deux progrès, partant d’une situation terriblement dégradée aux plans économique et politique. Nous avons d’abord réussi à stabiliser notre régime, bouleversé par la dissolution intempestive de l’Assemblée nationale par le Président de la République le 9 juin dernier. Un gouvernement a pu être formé à grand peine, et il a commencé à écrire le scénario d’une réduction des déficits publics, sous contrainte de l’Europe. Le budget pour 2025, avec une baisse de 60 milliards d’euros par rapport au précédent, s’est inscrit dans une trajectoire vertueuse, nous conduisant en 2029 à un déficit inférieur à 3% de notre produit intérieur brut. Pour le logement, entre la copie de base de l’exécutif, les efforts provoqués par Valérie Létard en accord avec les députés, on a écrit le scénario d’un accompagnement de la relance par l’État, certes pas à la mesure de la descente aux enfers que le secteur connaît, mais honorable dans le contexte budgétaire du moment.
Seulement voilà, rien ne va plus, et le Premier ministre est exposé à une motion de censure qu’une majorité de députés pourrait voter dès ce début de semaine. Pourquoi? Parce que les choix de méthode du gouvernement pour en revenir à une certaine orthodoxie budgétaire sont désordonnés et injustes. Injuste en effet de vouloir parvenir à réduire les déficits en surfiscalisant entreprises et ménages. Pour le logement, les gestes malveillants et malvenus quand le marché est déjà asthénique sont multiples : projet de hausse des droits de mutation à titre onéreux, projet d’élargissement de la base taxable pour les assujettis à l’impôt sur la fortune immobilière, projet de captation de 5 milliards sur les collectivités locales annonçant inéluctablement une augmentation des taxes foncières et des autres taxes sur le logement, pour la vacance notamment, projet de taxer les plus values de cession des résidences principales dans les cinq ans suivant leur acquisition, tout cela contre l’avis de la ministre du logement… La liste est longue, et elle ne concerne que l’immobilier résidentiel. Dans tous les compartiments du jeu, l’exécutif est prêt à taxer et taxer encore. Au bout du compte, la copie est illisible: on exige des Français, des propriétaires en particulier, une contribution insupportable à la résorption du déficit public de leur pays.
Aucun soutien au logement ne compensera une hausse des taux
Pendant ce temps-là, le train de vie de l’État ne se réduit pas et les ménages eux-mêmes veulent en majorité d’après le plus récent sondage Elabe la chute du gouvernement Barnier. En fait, le gouvernement, quoi qu’il arrive, a perdu et la confiance des marchés financiers est en passe de nous être durablement retirée. Si pour éviter la motion de censure Michel Barnier concède de revenir en arrière sur les ponctions fiscales, effectivement mal accueillies et incomprises des Français et d’une partie majeure de leur représentation nationale, alors nos engagements de ramener le déficit public à des niveaux acceptables ne seront ni tenables ni tenus, et les taux d’intérêt monteront. Aucune mesure de soutien au logement, serait-elle décidée et votée, ne compensera une hausse des taux, qui enchérira l’achat des logements neufs ou existants, pour les investisseurs ou les accédants à la propriété. Et si le gouvernement tient le cap, il sera censuré et tombera, créant un marasme politique qui effraiera les marchés et fera croître les taux. En somme, le pays est pris dans un étau des taux.
En réalité, il faudrait qu’en quelques heures le gouvernement prenne une orientation dont il s’est détourné : miser sur la relance d’une activité qui ne cesse de s’étioler. L’envie s’absente du pays, chez les particuliers comme au sein des entreprises. Défaillances et licenciements éprouvent la filière du logement comme tant d’autres. En même temps, réduire le nombre de fonctionnaires de façon drastique et alléger les institutions serait salutaire. Nous devenons une nation sans espoir ni souffle, et le logement est l’un de ces poumons qui ont toujours fait respirer l’économie du pays tout en donnant du bonheur aux ménages. Le pire ne serait pas que le gouvernement trébuche, ce serait que l’opinion perde toute foi dans des élites politiques qui ne regardent plus l’horizon et rivent leurs yeux sur le tableau de bord, sans amour de l’avenir. Le logement mène les Français à se projeter sur vingt ou vingt cinq ans, la durée d’un crédit, les promoteurs à tracer des perspectives à dix ans pour acheter un terrain et imaginer une opération, les gestionnaires à pérenniser les patrimoines, et voilà qu’à ces acteurs on propose une courte vue, comme si nous devions mourir demain.
Pas de trêve des confiseurs pour les âmes de bonne volonté de l'immobilier
Une seule vertu à ces errements : ils ne peuvent que précipiter la réalisation des projets, pour profiter de conditions de crédit très correctes au cours des prochaines semaines encore. La suite est bien incertaine, et sauf changement fondamental d’allure, elle voue plutôt la France à une disqualification économique. Il restera le génie national et la force de caractère de nos compatriotes et des acteurs professionnels pour redresser la situation du logement…si la décision publique ne les dissuade pas et ne les exaspère pas. Veiller sans relâche et convaincre : pas de trêve des confiseurs pour les corps intermédiaires et les âmes de bonne volonté de l’immobilier. L’instant est grave.


















