Au deuxième jour du procès Apollonia mardi 1er avril, Jean Badache, fondateur de l’entreprise impliquée dans une immense escroquerie immobilière, est resté inébranlable. Comme le relaie Ici Provence-Alpes-Côte d'Azur, le septuagénaire, qui n'hésite pas à inverser les rôles en se positionnant en victime, s'est défendu sans remords : «J'ai honte de me retrouver ici, honte de me justifier», allant jusqu'à lancer : «Je suis venu confondre ceux qui se drapent dans leurs habits de victimes

Badache, après des années vécues dans le faste de résidences luxueuses à l’étranger, se présente aujourd’hui comme un retraité touchant «à peine» 5 000 euros par mois. A la barre du tribunal judiciaire de Marseille où se déroule le procès, il multiplie les déclarations bravaches : «L'argent, j'en ai gagné. Je m'en fiche un peu. Je faisais ça pour le plaisir». Les 300 victimes présentes parmi les 762 constituées parties civiles, ruinées par des dettes abyssales, ne cachent pas leur colère face à la désinvolture qu'affiche l'homme responsable de leur cauchemar financier.

«Il est hors du monde. Il est déconnecté»

Jean Badache a bâti son empire sur des ventes immobilières ciblées, s’adressant principalement à des professions médicales. Sa méthode ? Une pression implacable, illustrée par son slogan de vente : «Dans deux heures, vous me direz oui ou non». Et ceux qui ont dit oui, aveuglés par le charisme et le discours convaincant de leur interlocuteur, s'en mordent encore les doigts. «Il est hors du monde. Il est déconnecté. Il est dans son monde d'argent» estime Baptiste, au micro d'Ici. Le kiné de 45 ans, venu de Montholier dans le Jura, se dit «endetté pour plusieurs vies» à cause de Jean Badache.

En 2008, une plainte est déposée contre la société Apollonia pour pratiques litigieuses dans le cadre de ses activités immobilières, dont la falsification des revenus des emprunteurs et une surévaluation de la valeur immobilière et des loyers des logements de 2,5 à 6 fois leur prix. Ces loyers faussement évalués provoquent l'impossibilité, pour les investisseurs particuliers, de faire face aux échéances des prêts immobiliers lorsque le logement ne trouve pas de locataire. Jean Badache a été placé en détention provisoire du 17 février au 8 juin 2009, poursuivi pour faux et usage de faux.

Un rapport psychologique évoque une «faille narcissique»

Malgré son habileté oratoire, ses explications restent floues, notamment sur les montants colossaux impliqués. «Rien ne se faisait sans Spadola», affirme-t-il en pointant du doigt son ancien juriste. Les victimes, elles, dénoncent un manipulateur habile, certains allant jusqu’à parler d’un «gourou» là où un rapport psychologique évoque plutôt une «faille narcissique» qu’il compenserait par une quête insatiable de succès et de reconnaissance. En dépit de son discours provocateur, Jean Badache s’est effondré à l’évocation de la perte de son fils en 2018, rare moment d'humanité affichée par l'accusé dans ce procès qui promet d’être chargé en tensions.

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