
Début avril, SpaceX a déposé son projet d'introduction en bourse, pour une cotation envisagée dès juin 2026. Pour des millions d'investisseurs en ETF World ou ETF Nasdaq 100, la question est légitime : si SpaceX entre en bourse, leur portefeuille pourrait en profiter ? La réponse est non. Un ETF indiciel n'achète une nouvelle valeur qu'une fois celle-ci officiellement intégrée à l'indice qu'il réplique. Et cette intégration ne se fait jamais le jour J.
Maxime Kugler, responsable de l'offre financière chez Altaprofits, courtier en gestion de patrimoine en ligne, l'explique ainsi : « Il faut refaire la composition de l'indice pour constater qu'une entreprise entrée en bourse il y a peu y a sa place. Parfois, des IPO ne marchent pas et les sociétés n'intègrent jamais certains indices. Et même si elles marchent, ça peut prendre du temps. » La FDJ en est l'exemple concret : introduite en bourse en novembre 2019, elle a attendu jusqu'en mars 2020 pour rejoindre le SBF 120. Elle ne fait pas partie du CAC 40… et n'y sera peut-être jamais.
Quelques jours ou plusieurs mois : tout dépend de la taille
Pour les méga-capitalisations, les délais tendent à se raccourcir. Le Nasdaq vient d'adopter une règle de fast entry applicable depuis le 1er mai 2026 : une entreprise nouvellement cotée qui figure parmi les 40 plus grandes capitalisations éligibles peut désormais rejoindre le Nasdaq 100 dès le 15e jour de cotation, contre un délai qui pouvait atteindre un an auparavant. Mais cette règle ne concerne que les plus grandes valeurs. Une entreprise de taille moyenne peut patienter longtemps avant d'être intégrée à un indice majeur.
C'est justement en cela qu'un détenteur d'ETF peut se retrouver lésé. Les premières semaines de cotation sont souvent celles où une IPO réalise ses meilleures performances, portée par l'effet d'annonce et la pression de la demande initiale. Oui mais… On voit souvent les grands succès, oubliant les IPO qui ne fonctionnent pas.
L'IPO manquée n'est pas toujours une perte
C'est pourquoi Maxime Kugler nuance le tableau. « Ce n'est pas une tristesse que les ETF n'en tiennent pas compte. L'IPO, c'est la performance sur le très court terme. L'ETF indiciel, c'est le long terme : si la valeur est bonne, elle va rentrer dans l'indice de toute façon, et on finira par bénéficier de sa croissance. » Ainsi, dans l'autre sens, l'ETF lisse aussi le risque à la baisse : si l'IPO ne marche pas, on ne prend pas la perte.
Les statistiques historiques confirment cette prudence. Une grande partie des introductions en bourse sous-performent leur indice de référence dans les douze mois suivant la cotation, une fois l'euphorie du premier jour dissipée. Les actionnaires pré-IPO (fonds de capital-risque, salariés, fondateurs) cherchent souvent à liquider leurs positions rapidement, ce qui pèse sur le cours dans les semaines qui suivent. Pour un investisseur particulier qui achète au prix d'introduction, la fenêtre de surperformance est courte et le timing difficile à maîtriser.
Comment accéder aux IPO, alors ?
Pour ceux qui veulent participer à une introduction malgré tout, plusieurs voies existent. La plus directe : souscrire lors de l'offre via son courtier en ligne, si celui-ci distribue les titres aux particuliers dans le cadre d'une tranche retail. Les conditions d'accès varient selon la méthode de mise en bourse. Il y a deux cas de figure : une tranche de prix fixée à l'avance (comme c'était le cas pour la FDJ) ou une enchère. Dans les deux cas, il faut avoir fait son travail d'analyse en amont.
Pour les investisseurs moins aguerris, Maxime Kugler oriente vers les fonds actifs spécialisés : « Un fonds spatial va s'intéresser à l'IPO de SpaceX. Comme il est spécialisé, il a les capacités de bien l'étudier. C'est l'un des intérêts de la gestion active. » Il rappelle ainsi qu'une IPO s'adresse surtout à une tranche experte : « Il faut maîtriser le secteur d'activité, la société, écouter les notes d'analystes spécialisés. Si on n'est pas sûr, ma recommandation est de confier ça à un gestionnaire ou à un fonds actif ».



















