
Le PEA-PME réserve une particularité que beaucoup d'investisseurs découvrent après l'ouverture. Contrairement au PEA classique, il n'est plus possible d'y loger des ETF. Il faut donc se résoudre à investir sur des fonds gérés activement, ou à faire du stock-picking : sélectionner soi-même ses actions. Pour construire son PEA-PME, il faut donc choisir ses titres un à un, parmi environ 1 300 valeurs théoriquement éligibles recensées par Euronext, dont seulement 438 sont cotées sur des marchés réglementés. Il faut aussi accepter une liquidité souvent réduite sur les petites capitalisations.
C'est là que la question du nombre de lignes sur son PEA-PME prend tout son sens. Sur un PEA classique, un seul ETF World couvre des milliers d'entreprises en un achat. Sur un PEA-PME, chaque ligne est une décision active qui engage du temps et de la vigilance. Andrea Tueni, expert marché chez Saxo, pose d'emblée les bornes : « Le pire, c'est de n'avoir qu'une ligne. » Avec une seule valeur, ou deux ou trois du même secteur, la concentration devient un piège. Si le secteur décroche, tout le portefeuille baisse.
Entre 10 et 20 lignes : le couloir de sécurité
Le consensus des gérants situe le nombre idéal entre 10 et 20 lignes pour un particulier qui gère seul son portefeuille. Andrea Tueni le confirme : « Il faut avoir une dizaine de lignes minimum, voire 15, pour permettre une diversification. Tout ce qui est en dessous de 10 commence à être compliqué. » En dessous de ce seuil, la diversification sectorielle devient impossible à tenir, et un choc sur un seul titre peut déséquilibrer l'ensemble.
La diversification sectorielle est justement la vraie boussole de construction d'un PEA-PME. Andrea Tueni explique : « Si on concentre ses lignes sur des valeurs d'un seul secteur, on a un énorme risque de corrélation. Et encore pire avec les sous-secteurs. Pour la tech, par exemple : les logiciels, les puces, les infrastructures, l'énergie… le risque de concentration devient grave. » Et comme les chocs frappent toujours plus fort sur les petites valeurs que sur les grandes capitalisations, répartir les secteurs devient du bon sens.
Néanmoins, « avoir une diversification sectorielle, ça ne veut pas forcément dire être investi sur tous les secteurs », modère-t-il. Privilégier ceux que nous connaissons bien, ou en fonction du cycle économique, peut être une bonne idée. « Actuellement, nous sommes dans un cycle avec une prime de risque géopolitique ; on sait que les valeurs du secteur énergétique vont avoir une proportion à mieux performer. Aussi les valeurs de consommation de base, plutôt que du luxe », analyse l'expert marché.
Au-delà de 30 lignes, le portefeuille vous dépasse
Mais attention à la sur-diversification : au-delà de 25 ou 30 lignes, la gestion devient une contrainte pour un simple particulier. « Ça implique la gestion de ces lignes au quotidien, prévient notre expert. Il faut comprendre ses investissements, savoir à quel moment renforcer, conserver ou sortir de la ligne. Typiquement dans une période de résultats d'entreprises, il faut suivre tous les résultats pour savoir si un investissement est toujours raisonnable. »
La sur-diversification a aussi un coût mécanique sur la performance. Trop de lignes diluent mécaniquement l'impact de vos meilleures positions : si une PME double en deux ans, son poids dans un portefeuille de 40 titres sera trop marginal pour que la performance totale en bénéficie vraiment. Andrea Tueni résume : « 10 à 15, c'est déjà un bon point de départ. »
PEA et PEA-PME : deux enveloppes complémentaires
La bonne façon d'aborder le PEA-PME est peut-être de le penser en complément du PEA classique. Ce dernier reste l'enveloppe naturelle pour les ETF World, S&P 500 ou sectoriels, qui offrent une diversification large à frais réduits, sans besoin de gestion. Le PEA-PME, lui, demande des convictions fortes : des valeurs sur lesquelles vous avez fait une analyse, que vous êtes prêt à suivre dans le temps, et dont vous acceptez la volatilité plus élevée.
Cette complémentarité a aussi un sens fiscal. Les deux enveloppes partagent la même exonération d'impôt sur le revenu après cinq ans. Mais le PEA est plafonné à 150 000 euros de versements, et le PEA-PME à 225 000 euros réduit du montant des versements déjà effectués sur le PEA classique. Pour un investisseur qui a déjà rempli PEA, il reste donc possible d'ouvrir un PEA-PME avec jusqu'à 75 000 € de versements.



















