
À 46 ans, Philippe vit près de la frontière suisse avec sa femme et ses enfants. Après son bac + 5, il a débuté sa carrière à Paris dans de grands établissements bancaires avec déjà un bon salaire à l’époque. C’est en venant travailler en Suisse qu’il a fait un grand écart financier : « Dans un grand groupe, mon salaire est monté jusqu’à 9 000 euros à l’époque, dit-il. Aujourd’hui, ce serait l’équivalent de 13 000 euros avec la conversion des francs suisses». C’est son dernier employeur qui lui a permis de passer le cap de l’entrepreneuriat, ce qu’il avait toujours voulu, et le gros package qu’il a touché en partant. « Si je n’avais pas touché cet argent, je me serais quand même lancé dans l’aventure mais avec une plus grosse boule au ventre », reconnait-il.
Avec son entreprise FlyMenu, créée il y a 8 ans, Philippe se verse 1 500 euros de salaire. S’il croyait en son projet - transformation de recettes en panier de courses, il ne s’attendait pas à ce que cela mettre autant de temps à prendre. Il a fallu environ trois ans pour émettre la première facture : « C’était avec Franprix, 1 500 euros, j’avais l’impression d’être millionnaire, se souvient-il. C’était la concrétisation de ce que j’avais créé. Encore aujourd’hui, c’est la chose la plus importante à mes yeux ». Au début de sa société, l’entrepreneur a bénéficié de ses indemnités chômage ainsi que d’aides, de la BPI notamment. « La création de mon entreprise avait fait l’objet de discussions familiales pour savoir si ma femme était d’accord, témoigne-t-il. Nous avons vécu avec son salaire et mon épargne pendant les premières années ».
Vivre avec des avantages en nature
Depuis le début de l’aventure, son salaire est de 1 500 euros. Mais depuis, Philippe peut se verser des dividendes annuels, selon le chiffre d’affaires et profite d’autres avantages en nature de sa société. Le leasing de la voiture et son téléphone sont pris en charge, comme une partie de son logement : « Je travaille de la maison donc un certain pourcentage, correspondant à la taille de mon bureau, m’est payé par l’entreprise, raconte-t-il. Cela permet de payer plus de charges, donc moins de bénéfices et donc de payer moins d’impôts sur les sociétés à la fin de l’année ». Un autre moyen de gagner de l’argent selon une idée de son comptable ? Toucher un pourcentage du chiffre d’affaires par rapport à l’utilisation de la marque Flymenu qu’il a déposée personnellement à l’INPI, ce qui fait entre 30 000 et 80 000 euros par an. « Avec une petite structure comme la mienne, sur le chiffre d’affaires qui rentre, il ne me reste que 30 %, tout le reste va à l’État », constate-t-il.
Il y a un mois, Philippe a créé une autre société, Qrush, « une solution de rencontre dans la vie réelle, avec un QR code à scanner», précise-t-il. Mais avec un associé cette fois-ci. Sans se verser de salaire, ils commencent à faire un peu de chiffre d’affaires, qui est totalement réinvesti pour améliorer leur notoriété. « Nous vendons nos produits en ligne qui ne sont pas encore connus, explique-t-il. Les gens n’osent pas encore acheter ». Gagnant déjà leur vie avec d’autres structures, les deux associés apprécient également le fait de pouvoir investir dans Qrush.
La valeur du salaire en tant qu’entrepreneur
La priorité de Philippe ? Son bien-être qui se traduit par passer du temps avec sa famille : « Je préfère gagner ce salaire et en profiter plutôt que de gagner 15 000 euros par mois sans les voir, avoue-t-il. D’ailleurs, j’ai refusé un poste où je pouvais doubler mon salaire mais qui nécessitait deux à trois heures de transport par jour ». Aujourd’hui, le chef d’entreprise se sent serein car il sait que sa première société le couvre, même s’il ne serait pas contre la vendre plusieurs millions d’euros ! Plus sérieusement, il accorde beaucoup plus de crédit à son salaire d’aujourd’hui plutôt qu’à celui de salarié. « Le chiffre de ma fiche de paye ne veut plus rien dire, en fait je vois l’ensemble de ma société, résume-t-il. J’ai surtout l’impression que la valeur de l’argent est différente quand on est salarié dans une entreprise. Quand on crée sa structure, le salaire s’utilise de façon différente aussi bien pour le personnel que le professionnel parce qu’on est susceptible d’y remettre de l’argent ».



















