
Investir dans l’intelligence artificielle, la conquête spatiale ou la cybersécurité n’a jamais semblé aussi simple. Quelques clics suffisent pour accéder à un portefeuille “spatial” dès 300 euros, avec la promesse d’entrer sur les secteurs les plus porteurs de demain. Sur les réseaux sociaux comme chez certaines fintechs, ces placements sont présentés comme la nouvelle frontière de l’investissement.
L’engouement est réel. Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), plus de 1,1 million de Français ont réalisé au moins une transaction sur un ETF en 2025, soit une hausse de 83 % sur un an. En cinq ans, le nombre d’investisseurs sur ces supports a été multiplié par près de cinq. Mais en patrimoine, l’effet de mode coûte souvent plus cher que l’opportunité elle-même.
« Une grande société non cotée n’ouvre généralement pas son capital pour 500 euros », rappelle Mathieu Hachemkhani Mazlaghani, fondateur de Ferless-conseil.com et conseiller en gestion de patrimoine. Pour lui, la première question n’est pas de savoir si l’IA ou l’espace sont des secteurs d’avenir, mais de comprendre ce que l’on achète réellement.
Le piège des tickets d’entrée à 100 euros
Derrière un même discours commercial, les produits proposés peuvent être très différents : actions cotées, non cotées, ETF, fonds spécialisés ou clubs deals. « Une action cotée, on sait précisément à quelle valeur on achète. Sur le non coté, la liquidité n’est pas la même et on ne sait pas toujours à combien on sort », souligne l’expert.
Or, de nombreuses plateformes mettent justement en avant des investissements non cotés avec des tickets d’entrée faibles, parfois dès 100 euros. « Si demain une société vous dit que vous pouvez investir dans du non coté à partir de 100 euros, il faut se poser des questions. Cela ne veut pas forcément dire que c’est mauvais, mais il faut comprendre pourquoi l’accès est si simple », explique-t-il.
Autre point souvent sous-estimé : les frais. « Certaines structures prennent entre 3 % et 5 % de frais de gestion par an, parfois avec un ticket d’entrée supplémentaire. Sur 1 000 euros investis, une partie part déjà avant même la moindre performance », souligne le conseiller.
Spatial, IA : entre vraie tendance et storytelling marketing
Le spatial illustre parfaitement cette frontière floue entre opportunité réelle et marketing puissant. Entre les ambitions de SpaceX, le programme Artemis ou les avancées portées par Sophie Adenot, le secteur bénéficie d’un imaginaire de croissance extrêmement fort.
« Quand on parle de rendements élevés, cela veut dire quoi ? Pour certains, 5 % c’est énorme, pour d’autres 10 % est insuffisant. Tant qu’il n’y a pas de projection claire, cela reste surtout du marketing », estime Mathieu Hachemkhani Mazlaghani.
Pour autant, ces placements ne relèvent pas uniquement de l’effet d’annonce. « Nous, en tant que conseillers en gestion de patrimoine, on le propose déjà au travers d’ETF et de fonds d’investissement. Beaucoup de CGP le font », précise-t-il. Le fonds Echiquier Space, lancé par La Financière de l’Échiquier, affichait par exemple plus de 25 % de performance depuis le 1er janvier.
« Investir dans le spatial n’est pas une mauvaise idée, mais y consacrer l’ensemble de son portefeuille reste un risque important », prévient-il.
Ce n’est pas une question d’âge, mais de méthode
Ces placements ne séduisent pas uniquement les jeunes investisseurs. « Ce n’est pas une question de génération. Certains recherchent avant tout des placements prudents, d’autres acceptent davantage de risque. C’est surtout une question de mentalité », observe l’expert.
Le danger vient aussi d’un faux sentiment de diversification. Un ETF thématique, un portefeuille Fintech et un fonds spécialisé peuvent parfois contenir les mêmes valeurs. En cas de correction sectorielle, toute la stratégie peut vaciller.
Avant d’investir, plusieurs vérifications restent indispensables : vérifier le numéro ORIAS et le statut du conseiller, comprendre les frais, mais aussi savoir comment l’investissement est logé, assurance vie, PEA, compte-titres. « Comprendre dans quoi on investit, c’est le critère numéro un. Ensuite, il faut comprendre comment on investit », insiste Mathieu Hachemkhani Mazlaghani.
Car en investissement, l’innovation ne remplace jamais la règle de base : un placement séduisant n’est pas forcément un bon placement.
- Accès à tous les articles réservés aux abonnés
- Le magazine en version numérique
- Sans engagement



















