
Le Livret A reste la solution réflexe pour préparer l’avenir d’un enfant, mais il répond surtout à une logique d’épargne de précaution. Avec son plafond fixé à 22 950 euros et son taux limité à 1,5 %, il protège la liquidité bien davantage qu’il ne permet de construire un véritable patrimoine. Sur un horizon de 15 à 20 ans, beaucoup de conseillers estiment qu’il devient insuffisant pour transmettre un capital réellement significatif.
« Pour un proche souhaitant assurer l’avenir de ses enfants sur 18 à 20 ans, il s’agit clairement d’un horizon de très long terme », explique Florian Dussoulier, conseiller en gestion de patrimoine indépendant et fondateur de Portée. « Le Livret A répond à un besoin de sécurité immédiate, pas à un objectif de constitution de capital important. » Pour lui, sur une telle durée, la réflexion doit porter sur la transmission patrimoniale, et non uniquement sur l’épargne de court terme.
Le levier du crédit plutôt que l’épargne progressive
L’idée consiste à emprunter environ 20 000 euros sur 20 ans pour acheter des parts de SCPI, bureaux, commerces, santé ou logistique, afin de profiter de l’effet de levier du crédit. Selon l’ASPIM, les SCPI ont affiché un taux de distribution moyen de 4,91 % en 2025, même si la performance globale moyenne a été ramenée à 1,46 % en raison de la baisse du prix de certaines parts.
« Avec un TRI net, même avec des taux d’intérêt défavorables, on obtient un rendement net de l’ordre de 4 %, ce qui reste plus intéressant qu’un compte d’épargne », souligne-t-il.
Concrètement, placer 100 euros par mois sur un Livret A à 1,5 % pendant 20 ans permet d’obtenir environ 28 000 euros, hors évolution future du taux. Avec une SCPI financée à crédit, pour une mensualité proche ( autour de 90 à 130 euros selon le prêt ), l’épargnant mobilise immédiatement 20 000 euros de capital.
Avec un taux de distribution moyen de 4,91 %, ces parts peuvent générer près de 20 000 euros de revenus bruts sur 20 ans, tout en conservant les parts elles-mêmes. À l’arrivée, le parent peut donc cumuler des revenus distribués et un capital toujours détenu, là où le Livret A ne produit qu’une épargne progressivement accumulée.
L’assurance emprunteur change la logique patrimoniale
L’autre argument fort réside dans la protection successorale. En cas de décès, l’assurance emprunteur peut solder le prêt. Les parts restent alors dans le patrimoine familial sans dette résiduelle.
« Le crédit est annulé et l’enfant récupère les parts, qui lui appartiennent de toute façon », résume Florian Dussoulier.
L’objectif n’est d’ailleurs généralement pas de revendre rapidement. Les SCPI s’envisagent sur le long terme, souvent avec un horizon minimum de 8 à 10 ans, voire davantage. « Il existe un risque de liquidité et un risque de perte en valeur des parts, mais l’objectif est justement d’éviter la revente », rappelle-t-il.
C’est cette logique patrimoniale qui change tout : on ne cherche pas seulement à épargner pour un enfant, mais à lui transmettre un actif capable de continuer à produire des revenus dans le temps.
Diversifier les SCPI et ne pas oublier l’assurance-vie
Pour Florian Dussoulier, l’erreur classique consiste à concentrer tout l’investissement sur une seule SCPI. La logique patrimoniale impose au contraire de diversifier les supports, comme pour un portefeuille financier classique. « Mon travail consiste à obtenir les meilleurs prix possibles », rappelle-t-il, avec l’idée de répartir l’investissement entre plusieurs SCPI selon leur secteur afin de limiter le risque.
Pour un parent avec plusieurs enfants, la stratégie peut aussi évoluer : certains préfèrent constituer plusieurs poches distinctes plutôt qu’un seul investissement global, afin d’anticiper plus facilement la transmission.
Le CGP rappelle aussi qu’à long terme, l’assurance-vie reste souvent la solution la plus souple, notamment pour sa fiscalité et sa transmission. La SCPI à crédit intervient alors davantage comme un complément patrimonial que comme une solution unique.
C’est aussi là que l’accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine devient essentiel. Taux d’emprunt, fiscalité, assurance emprunteur, qualité des SCPI ou stratégie successorale : une mauvaise lecture peut vite réduire l’intérêt de l’opération.
Le vrai sujet n’est donc pas de choisir entre Livret A ou SCPI, mais de savoir si l’on veut simplement épargner… ou réellement transmettre un patrimoine.



















