
C’était l’une des mesures phares du budget de la Sécurité sociale pour 2025 : la réduction des indemnités journalières versées par l’Assurance maladie. Et c’est officiel depuis le 21 février, date de publication du décret au Journal officiel. A partir du 1er avril, le plafond d’indemnisation passera donc de 1,8 à 1,4 Smic. Bref rappel du fonctionnement : en cas d’arrêt maladie, la Sécurité sociale prend en charge 50% du salaire journalier. L’employeur, de son côté, verse un complément pour garantir au salarié un maintien d’au moins 90% de sa rémunération.
Mais ces plafonds vont donc être revus à la baisse. «Aujourd’hui, la Sécu indemnise les arrêts maladie des salariés gagnant plus de 3 243,24 euros par mois (soit 1,8 Smic) à hauteur de 53,31 euros par jour maximum», explique Noémie Marciano, directrice de l’activité Health & Benefits chez le spécialiste du courtage d’assurance WTW France. Dès le mois prochain, ce plafond sera ramené à 1,4 Smic, ce qui abaissera l’indemnité maximale versée par la Sécurité sociale à 41,47 euros par jour.
Et ce rabotage ne sera pas sans conséquence pour les employeurs : les salariés étant moins remboursés par la Sécurité sociale, ils devront compenser davantage via leurs contrats de prévoyance. «Les assurances qui prennent en charge l’indemnisation complémentaire vont donc très probablement augmenter le montant des cotisations payées par les entreprises», anticipe Guillaume Gaudiot. Et le juriste spécialisé sur les questions de protection sociale et de rémunérations vise juste : sondés sur le sujet, «les organismes prévoient effectivement d’augmenter leurs tarifs dès le 1er janvier 2026, d’au moins 4% à cause de cette seule mesure», nous assure Noémie Marciano, lors d’un webinaire sur les conséquences du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour les entreprises, organisé ce jeudi 13 mars.
Une baisse de maintien de salaire «très peu probable»
Mais cette hausse des coûts d’assurance pourrait-elle inciter votre employeur à revoir à la baisse le complément qu’il vous verse lorsque vous êtes malade ? En théorie, oui. Mais dans la pratique, «c’est très peu probable», nous répondent unanimement les deux experts. «Si un employeur accorde aujourd’hui un complément plus généreux que le minimum légal de 90%, c’est souvent parce que cela résulte d’un accord collectif ou d’une convention de branche», rappelle Guillaume Gaudiot. C’est particulièrement vrai dans les grandes entreprises, où le maintien de salaire à 100% est fréquent. Or, pour revenir en arrière et réduire ce complément, il faudrait renégocier ces accords avec les syndicats. Une démarche qui risque de se heurter à un refus catégorique... «Un retour au régime légal ne pourrait se faire qu’après discussions avec les organisations syndicales, qui seront sans doute peu enclines à rogner sur les droits des salariés», souligne-t-il.
Cela dit, si la prise en charge des arrêts maladie devient trop lourde pour les entreprises, certains employeurs pourraient être tentés de rouvrir le débat. «Avec une contribution plus importante des entreprises aux indemnités journalières et des contrats de prévoyance qui coûtent plus cher, il n’est pas impossible que des concessions soient demandées aux syndicats», reconnaît le juriste, même s’il reste sceptique sur la réalisation d’un tel scénario. En clair, pour l’instant, pas d’inquiétude à avoir : si votre employeur doit supporter une hausse des coûts d’assurance dès l’année prochaine, il y a peu de chances que cela se traduise par une baisse de votre maintien de salaire en cas d’arrêt maladie.



















