
Licenciée pour son rythme de sommeil, elle lance une bataille judiciaire contre son ex‑employeur. Kathryn Shiber, analyste junior chez Centerview Partners, poursuit la banque d’investissement américaine pour discrimination fondée sur le handicap après avoir été licenciée malgré un aménagement exceptionnel destiné à préserver son bien‑être, rapporte Slate. La jeune femme souffre d’anxiété et d’un trouble de l’humeur, tous deux diagnostiqués par un professionnel de santé.
Pour l’aider, la banque avait mis en place un rythme de travail inédit : neuf heures de sommeil garanties chaque nuit, en échange d’une disponibilité sept jours sur sept. Pourtant, moins de trois semaines après l’instauration de cet aménagement, Kathryn Shiber, alors âgée de 21 ans, a été convoquée à un appel vidéo et informée de son licenciement. Selon le Financial Times, le directeur général de Centerview lui aurait reproché d’avoir postulé à un emploi dans l’entreprise malgré ses besoins en matière de repos.
Le rythme effréné de Wall Street en question
Cet accord faisait suite à un incident survenu fin août 2020 : après s’être déconnectée de son poste après minuit sans prévenir ses superviseurs, Kathryn Shiber avait été réprimandée. Elle s’était alors tournée vers les ressources humaines pour expliquer son besoin médical de sommeil. Malgré cela, la banque a jugé que son rythme nuisait à son développement et à la cohésion des projets. L’affaire relance le débat sur les conditions de travail imposées aux jeunes professionnels pour accéder à des postes prestigieux et bien rémunérés.
Le juge fédéral Edgardo Ramos a souligné en octobre dernier que la question centrale serait de déterminer «si la capacité à être disponible à toute heure du jour et à travailler pendant de longues heures imprévisibles est une fonction essentielle du rôle d’analyste». Pour John Jacobi, professeur de droit à la Columbia Law School, le procès devra également trancher sur la nécessité réelle de ces horaires nocturnes et irréguliers, ou s’ils relèvent simplement d’une norme culturelle de Wall Street.
Pour Centerview, les longues heures et les horaires imprévisibles font partie intégrante du métier de banquier d’affaires. De son côté, Kathryn Shiber affirme que son licenciement a compromis sa carrière et réclame le salaire qu’elle aurait perçu sur la prochaine décennie, des arriérés et des dommages et intérêts pour «détresse émotionnelle», soit plusieurs millions de dollars au total.



















