
«Je suis une anomalie», avoue-t-il lui-même dans ses nombreuses interventions sur les plateaux télé. Voix grave, ton résolument positif, histoire bien rodée. Pourtant, tout est vrai. Entre 2008 et 2018, Xavier Rodriguez, 45 ans, est passé de «cordiste intérimaire» à PDG de Jarnias, un spécialiste des travaux en hauteur et pour des sites d’accès difficile. «L’entreprise compte 750 salariés pour 105 millions de chiffre d’affaires en 2025, en France mais également dans cinq pays étrangers», détaille le jeune quadra. Un conte de fées ? Presque. En 2008, à l’âge de 27 ans, lorsqu’il arrive chez Jarnias, Xavier Rodriguez ne s’est pas encore véritablement «trouvé». Après avoir grandi au sein d’une famille monoparentale, dans un quartier populaire de Rillieux-la-Pape, en banlieue lyonnaise, il intègre un sport-études, s’inscrit à un BTS Force de vente, puis enchaîne divers petits boulots (en déchetterie, dans une grande surface, comme barman…). «Je n’avais ni la bonne école, ni le bon réseau, ni les bons codes…»
Attiré par le risque, il se tourne vers le métier de… cordiste. Son entrée chez Jarnias comme intérimaire va bouleverser sa vie. Xavier Rodriguez fait de ses manques un puissant carburant : «J’avais la volonté farouche de m’en sortir en acceptant de faire ce que personne ne voulait faire.» Sa première mission consiste à installer, suspendu entre le deuxième et le troisième étage de la tour Eiffel, un cordon chauffant enrobé de goudron pour empêcher le gel des canalisations. L’hiver est si rude que le goudron fige dans les seaux : «J’ai vu parfois des collègues renoncer car c’était trop dur, assure-t-il, et je me suis dit qu’il fallait que je sois celui qui resterait.» Il choisit les missions les plus périlleuses et gravit ainsi un à un les échelons. La bascule intervient lorsqu’il devient chef de chantier. «Jarnias était une PME avec trois entités, réalisant chacune de 2 à 3 millions de chiffre d’affaires», explique-t-il. Il piaffe : «Je rêvais de mettre un peu de nitroglycérine dans cette entreprise...»
Xavier Rodriguez gravit tous les échelons
En 2015, le voilà qui expose sa vision à son directeur. La réponse fuse : «Reste à ta place et retourne sur tes chantiers.» Il insiste, jusqu’à proposer de démarcher des clients gratuitement le jour, tout en continuant ses chantiers la nuit. Déjà, il pense plus grand. Après avoir été nommé directeur commercial puis directeur général, Xavier Rodriguez est promu PDG en 2018. Deux ans plus tard, il amorce la reprise de la société. Cette étape est marquée par le retrait du fondateur, Jean-Paul Jarnias, et l’entrée au capital du fonds Garibaldi Participations, à hauteur de 30%.
Désormais doté des moyens de ses ambitions, Xavier Rodriguez accélère le développement du groupe, acquérant chaque année jusqu’à quatre entreprises aux expertises pointues, comme celles de plongeurs ou d’hydromécaniciens. Son objectif est clair : bâtir le plus grand groupe européen de travaux d’accès difficiles, sur terre comme en mer. Entre-temps, il assure mener une gestion de «père de famille» et détient depuis l’an dernier 98% du capital de Jarnias.
Le groupe a également diversifié ses activités dans la sécurité, l’ingénierie et les interventions dans des centrales nucléaires. Son management est à son image : intense. «Je pense que je suis un calvaire pour mes collaborateurs», reconnaît-il sur BFM Business. «Mes équipes ne passent pas beaucoup de temps en zone de confort.» Lui-même ne s’épargne pas : en 2020, il décroche un master 2 en droit, économie et management des PME et ETI. La reconnaissance suit. Après l’incendie de Notre-Dame en 2019, il reçoit, des mains du président de la République, la médaille de chevalier des Arts et des Lettres pour le travail accompli par ses équipes – une fierté immense. La sécurisation des JO de Paris 2024 et celle de la tour Eiffel suivront. Mais déjà, Xavier Rodriguez vise un autre horizon : batailler à l’échelle mondiale.
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