Bis repetita. Après son projet de système universel de retraite, qui devait réunir la quarantaine de régimes existants mais a été définitivement abandonné en 2020, Emmanuel Macron revient donc à la charge, avec cette fois-ci une réforme plus classique, qualifiée de «paramétrique», qui ambitionne de traduire dans les faits sa politique du «travailler plus longtemps». Il s’agirait donc, pour l’essentiel, de reporter une nouvelle fois l’âge légal de départ, décalé de 60 à 62 ans depuis la réforme Sarkozy de 2010. Ce, à un rythme progressif, probablement de quatre mois de travail supplémentaire par an. Le chantier devrait démarrer à la rentrée, avec l’installation d’un Conseil national de la refondation (CNR), composé d’élus et de citoyens tirés au sort, et chargé d’en discuter les bases. Pour un début d’application à l’été 2023.

Même si les contours de cette refonte restent flous, ce que l’on sait déjà, c’est qu’elle devrait susciter la bronca chez les syndicats qui, CFDT incluse, ne veulent pas entendre parler du moindre report de l’âge légal, qu’il s’agisse de le décaler à 65 ans (à horizon fin 2031, donc, si le rythme de quatre mois par an est tenu), ou même à 64 ans (à horizon fin 2028). Par ailleurs, la fin des régimes spéciaux de retraite, comme ceux de la RATP et des industries électriques et gazières (IEG), autre promesse électorale du président réélu, devrait soulever tout autant de protestations, même s’il s’agira très probablement de leur appliquer «la clause du grand-père» (seuls les nouveaux entrants dans ces métiers seraient concernés).

Principal argument avancé par ces opposants: alors que le déficit a été moins marqué que prévu en 2020, une année pourtant marquée par la pandémie de Covid, avec 18 milliards d’euros de manque à gagner (0,8% du PIB), le système actuel ne serait aucunement menacé de banqueroute.

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Et pourtant, le Conseil d’orientation des retraites (COR) estime ses besoins de financement entre 9 et 11 milliards d’euros par an jusqu’en 2027-2028. Ce n’est qu’à l’horizon 2032 que le régime reviendrait à l’équilibre, dans les hypothèses les plus optimistes. Une révision à la hausse de ces déficits n’est de plus pas exclue: le nouvel exécutif n’ayant pas encore communiqué ses principales projections financières, le COR a dû décaler à septembre l’actualisation de ses différents scénarios. Il faut rappeler par ailleurs que ces montants ne concernent que le régime du privé, géré par la Cnav et les caisses affiliées.

Ils n’incluent donc pas les besoins de financement des régimes spéciaux, estimés à 9 milliards d’euros par an selon la Cour des comptes. Pas plus que le surcoût dû au financement des retraites de la fonction publique d’Etat, territoriale ou hospitalière, qu’un collectif anonyme de hauts fonctionnaires a estimé, dans un article paru au printemps dans la revue «Commentaire», à 30 milliards d’euros par an!

Pour assurer l’équilibre de ce régime à la démographie défavorable (il compte 4,5 millions de pensionnés pour seulement 4,7 millions de cotisants), l’Etat verse en effet des cotisations de 2 à 4,5 plus élevées que celles des employeurs privés. Cette charge devrait de plus s’accroître mécaniquement si, comme Emmanuel Macron l’a promis durant la campagne, le point d’indice devait être dégelé, pour défendre le pouvoir d’achat des fonctionnaires.

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