
Dans une version quasi définitive de son rapport annuel, qui doit être examinée par ses 41 membres ce jeudi 11 juin, le Conseil d'orientation des retraites (COR) revoit nettement à la hausse ses projections financières pour les décennies à venir. Selon les informations révélées, le besoin de financement du système de retraite pourrait atteindre jusqu'à 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans les précédentes projections. Concrètement, le système devrait alors trouver chaque année plusieurs dizaines de milliards d'euros supplémentaires pour financer les pensions versées aux retraités.
Le constat est d'autant plus marquant que la situation financière apparaît déjà dégradée à court terme. Selon le COR, le système afficherait un déficit de 5,1 milliards d'euros en 2025, soit 0,2 % du PIB. Pour autant, l'organisme ne prévoit pas de dégradation majeure des comptes dans les prochaines années. Si la suspension de certaines mesures issues de la réforme de 2023 représente un coût estimé à 1,8 milliard d'euros en année pleine, d'autres facteurs viennent en partie compenser cet impact, notamment un solde migratoire plus élevé qu'anticipé et une progression de l'espérance de vie moins rapide que prévu. C'est surtout à long terme que les perspectives se détériorent.
Moins de naissances, plus de retraités : l'équation se complique
Cette dégradation s'explique avant tout par un changement de contexte démographique. Pour établir ses nouvelles projections, le COR s'est appuyé sur le dernier bilan démographique de l'Insee, publié en début de semaine. Celui-ci retient désormais une hypothèse de fécondité de 1,45 enfant par femme, contre 1,8 dans les scénarios utilisés jusqu'à présent.
Cette différence peut sembler limitée à première vue, mais ses conséquences deviennent considérables à l'échelle de plusieurs décennies. Avec moins de naissances, le nombre de futurs actifs appelés à financer les retraites diminue mécaniquement. Dans le même temps, la population continue de vieillir. Selon l'Insee, la France compterait 5,8 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus supplémentaires d'ici 2070, tandis que la population totale atteindrait un pic autour de 2037 avant de commencer à reculer.
Pour un système fondé sur la répartition, où les pensions des retraités sont financées par les cotisations des actifs, cette évolution modifie progressivement l'équilibre financier. En 2040, la France devrait compter près de 49 personnes âgées de 65 ans ou plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans, contre environ 40 aujourd'hui. Autrement dit, le nombre de cotisants progresse moins vite que celui des retraités.
Les pistes étudiées pour limiter la dégradation des comptes
Le rapport du COR ne propose pas de réforme clé en main. Il met toutefois en lumière les principaux leviers susceptibles d'améliorer l'équilibre du système. Le premier consiste à augmenter les ressources, notamment via les cotisations. Le deuxième vise à contenir les dépenses, par exemple à travers les modalités de revalorisation ou de calcul des pensions. Le troisième repose sur l'allongement de la durée d'activité et l'amélioration du taux d'emploi des seniors.
Cette question de l'emploi des seniors est régulièrement mise en avant comme l'un des leviers susceptibles d'améliorer durablement les comptes du système. Dans une récente interview pour Capital consacrée aux stratégies de départ à la retraite, François Irmann, expert retraite, rappelait que l'amélioration du taux d'emploi des seniors reste l'un des principaux défis du système. « C'est une situation totalement schizophrène : on veut améliorer le taux d'emploi des seniors, mais lorsqu'il y a des restructurations, ce sont souvent eux que l'on pousse vers la sortie. » Pour l'expert, la retraite progressive ou encore le cumul emploi-retraite constituent des pistes permettant de prolonger l'activité de certains salariés tout en accompagnant plus progressivement leur sortie du marché du travail.
Le rapport relance également les réflexions sur les différentes sources de financement des retraites. Sans remettre en cause le principe de la répartition, certains économistes plaident pour une place plus importante de l'épargne retraite afin de compléter les revenus futurs des retraités. D'autres considèrent que l'essentiel de la réponse doit passer par l'emploi et la croissance.
Ces projections alimentent aussi le débat sur les solutions à privilégier. Là où la droite défend généralement la poursuite des réformes engagées, la gauche met davantage l'accent sur la recherche de nouvelles recettes. Une divergence qui illustre la difficulté à trouver un consensus face à un défi désormais autant démographique que financier.


















