
Menacer l’adversaire de dommages «inacceptables» sans pour autant verser dans la course à l’armement. Telle est la position de la France pour décider de la taille de son arsenal nucléaire, depuis qu’elle a acquis l’arme atomique dans les années 1960. Mais ce principe dit de la «stricte suffisance» a du plomb dans l’aile. Le 2 mars dernier, sur la base opérationnelle de l’île Longue, Emmanuel Macron ne l’a pas évoqué lors de son discours sur l’évolution de notre stratégie en matière de dissuasion.
En revanche, il a annoncé une hausse du nombre de nos têtes nucléaires pour faire face aux tensions internationales croissantes, le nombre d’adversaires potentiels à tenir en respect augmentant, tout comme leurs capacités de défense. Une première depuis la fin de la guerre froide. Monté jusqu’à près de 550 dans les années 1990, selon la revue spécialisée Bulletin of the Atomic Scientists, notre stock d’ogives est redescendu peu à peu, sous l’effet de la détente, autour de 290 aujourd’hui.
Secret défense
Combien y en aura-t-il demain ? Contrairement à ses prédécesseurs qui avaient accepté de faire preuve d’un peu de transparence, l’actuel président de la République impose désormais le secret défense. Il ne s’est pas non plus étendu sur le financement de sa décision. «Depuis le début de la Ve République, des lois de programmation militaire (LPM), revues régulièrement, planifient les besoins sur une longue période, les cycles de développement de matériels étant longs et onéreux, à commencer dans le nucléaire», explique Julien Malizard, économiste à l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Et chaque année, le budget de la Défense est voté par le Parlement en s’appuyant sur les objectifs de la LPM en cours.
Si entre 1984 et 2014, aucune LPM n’a été entièrement respectée, ce n’est plus le cas désormais. La dernière, couvrant 2024-2030, prévoyait 413 milliards d’euros de dépenses globales avec, pour y parvenir, des progressions budgétaires annuelles (les militaires parlent de «marche») comprises entre +3 et +3,5 milliards. Mais, ces derniers mois, Emmanuel Macron a réclamé un effort supplémentaire de 36 milliards étalés entre 2026 et 2030 pour accélérer le réarmement.
Une actualisation de la LPM est ainsi prévue cette année avec un rehaussement de ces «marches» annuelles. C’est dans cette enveloppe baptisée «surmarche» qu’il est prévu de puiser pour fabriquer les nouvelles têtes nucléaires. Reste tout de même plusieurs inconnues : avoir plus d’ogives pose la question des missiles qui en sont équipés, voire des sous-marins et chasseurs-bombardiers qui doivent les lancer. En faudra-t-il davantage ? Par ailleurs, les dépenses pour des armements conventionnels ne pâtiront-elles pas de ce coup de pouce accordé au nucléaire ? Le ministère des Armées assure que non. En revanche, la grande muette n’a pas répondu à la question à cent sous : mais où va-t-on trouver l’argent ?
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