
«France libre». C’est le nom du futur porte-avions de nouvelle génération qui aura la lourde tâche de remplacer l’actuel géant des mers tricolore, le «Charles de Gaulle». «Ce nom scelle pour l'avenir un serment. Pour rester libre, il nous faut être craints. Pour être craints, il nous faut être puissant. Et pour être puissant, être prêt aux efforts», a affirmé Emmanuel Macron, à Nantes, lors de son discours lançant le début de sa phase de construction, ce mercredi 18 mars.
L’annonce de ce chantier gigantesque à venir intervient à un moment décisif pour l’armée française, alors que la guerre au Moyen-Orient bat son plein et que la France a mobilisé la quasi-totalité de sa flotte, y compris le «Charles de Gaulle». Un contexte qui plaide donc pour la construction du successeur de ce dernier. «Nos mers, nos océans sont (...) des nouveaux lieux de la conflictualité contemporaine et ils le seront année après année encore davantage à coup sûr, a prévenu le Président de la République devant un parterre d’industriels et de gradés de l’armée française. Ce qui se joue, (...) c’est la garantie de notre indépendance pour les décennies qui viennent». Préparer l’avenir et les combats futurs demande de la planification. C’est pourquoi les travaux du futur «France libre» ont déjà commencé alors que ce nouveau porte-avions doit entrer dans sa phase d’essai en 2036, pour une admission au service actif espérée en 2038. Ce dernier remplacera le «Charles de Gaulle», qui lui, partira à la retraite.
Un nouveau porte-avion plus massif que le «Charles de Gaulle»
Le futur fer de lance de la Marine française n’aura pas d’équivalent dans la flotte tricolore dans l’histoire moderne. «Ça sera le plus gros navire militaire construit en France», d’après l’entourage de l’Elysée. Même l’imposant «Charles de Gaulle», l’actuel porte-avions déployé en mer Méditerranée, ferait pâle figure à côté de ce futur colosse marin, tant ce dernier sera bien plus massif que son prédécesseur. La preuve en chiffres : 310 mètres de long, 90 mètres de large, et 78 000 tonnes en charge complète du côté du «France libre», contre 261,5 mètres de long, 65 mètres de large, et 42 000 tonnes en charge complète pour le «Charles de Gaulle».
Côté performance, la vitesse maximale du navire restera inchangée (27 nœuds, soit environ 50 km/h). Le nombre de marins embarqués passera de 1 900 à 2 000 individus. Cet effectif comprend l’équipage du porte-avions et du groupe aérien embarqué (pilotes et mécaniciens).

Un navire doté d’une propulsion nucléaire nouvelle génération
Comme le «Charles de Gaulle», le futur fleuron français des océans sera lui aussi à propulsion nucléaire. Seuls deux pays dans le monde possèdent ce type d'engins : la France et les Etats-Unis. La Chine et l’Inde disposent, eux, de porte-avions à propulsion classique, à savoir du kérosène. L’avantage du nucléaire est qu’il procure une autonomie presque illimitée. Mais pour le prochain mastodonte tricolore, l’Etat français a vu les choses en grand avec la fabrication de deux chaufferies nucléaires de nouvelle génération. Conçues près de Nantes, elles seront ensuite insérées au reste du navire à Saint-Nazaire dans les Chantiers de l’Atlantique où sont produits certains paquebots les plus grands du monde.
Une meilleure capacité opérationnelle avec ces aéronefs
Une nouveauté de taille permettra au prochain navire amiral de guerre français de voir sa capacité opérationnelle s’améliorer avec les aéronefs à son bord. Sur le pont, 3 pistes seront mises à la disposition des avions pour décoller ou atterrir. Résultat : le navire sera capable d’envoyer simultanément des avions en l’air en les catapultant et d’en récupérer d’autres. Actuellement, les équipes du «Charles de Gaulle» sont obligées, après avoir catapulté des avions, de reconfigurer le pont pour récupérer ceux qui atterrissent. «Ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’avions que vous avez à bord du bateau, c’est le nombre d’avions que vous êtes capable de mettre en opération en même temps», rappelait en début de semaine l’entourage du Chef de l’Etat.
Justement, le nombre d’aéronefs pouvant être accueillis sur le pont sera de 40 appareils. Parmi ces engins volants figureront 30 avions de combat nouvelle génération, 2 avions de guet aérien, 6 hélicoptères, et des drones. Mais surtout, la prochaine base flottante fera preuve d'adaptabilité en se montrant capable d’accueillir tous les types d’aéronefs, et même ceux des pays alliés.

Un projet qui coûtera 12,2 milliards d’euros d’investissement, au profit de l’industrie française
Un tel projet à un prix. D’abord estimé autour de 10 milliards d’euros, sa facture serait déjà autour de 12,2 milliards d’euros. Pour financer ce futur mastodonte, l’Etat pourrait se tourner vers des financements privés. Des discussions sont en cours pour trouver le bon montage.
Du reste, cet investissement bénéficiera en premier lieu à l’industrie française. Plus de 90 % des achats relatifs à ce programme de grande envergure seront réalisés dans l’hexagone. Alors que les maîtres d’oeuvre (Naval Group, Chantiers de l’Atlantique et TechnicAtome pour la propulsion) seront particulièrement mobilisés, l’ensemble des industriels de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), des entreprises spécialisées dans la production d’équipements militaires, seront sur le pont pour ce projet. On retrouvera en donneur d’ordre des groupes comme Dassault Aviation, MBDA ou encore Thales. Au total, environ 800 fournisseurs, dont plus 600 PME et ETI participeront à ce programme.
Et il faudra des bras et des têtes biens faites pour mener à bien ce chantier ! Sur la période 2026-2038, 8 800 emplois seront créés en moyenne sur l’ensemble du territoire français. Un pic à 14 000 emplois est même à prévoir au plus fort de l’activité. Parmi les régions qui ressortent gagnantes, on retrouve les Pays de la Loire, Provence Alpes - Côte d’Azur et la Bretagne, qui capteront environ 70% de l’impact socio-économique du programme.
Reste toutefois quelques technologies qui sont encore chasse-gardées de certains pays étrangers, comme les catapultes électromagnétiques dont les Etats-unis et la Chine ont le secret. Concernant ces dernières, l’Etat français à choisi de continuer à travailler avec les Américains. «Un choix économique», admet l’Elysée, qui se veut rassurant sur un éventuel risque de dépendance à l’égard de nos alliés outre-atlantique. En cas de bisbille avec les Etats-Unis sur ces pièces très sensibles pour l'appontage, «il existe bien évidemment d’autres plans», assure l'entourage du chef de l’Etat. Il vaudrait mieux car le «France libre» est prévu pour naviguer et assurer notre souveraineté pour 45 ans après sa mise à l’eau…



















