Vers une «invasion» des petits colis venus de Chine ? C’est ce que prédit Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres de grande distribution E.Leclerc. Et il n’est pas le seul. L’entrée en vigueur du triplement des droits de douane pour les petits colis aux Etats-Unis, prévue pour vendredi 2 mai, fait craindre un déferlement de ces produits sur le marché européen.

800 millions de petits colis chinois ont déjà été livrés en 2024 en France sur un total de 1,5 milliard de colis, selon Bercy. À l’échelle de l'Union européenne, 4,6 milliards d’envois d’une valeur inférieure à 150 euros sont entrés sur le marché européen en 2024, ce qui représente un colis toutes les 145 secondes. L’immense majorité de ces produits (91%) provenaient de Chine. L’UE représente un véritable eldorado pour les industries chinoises. Au-delà de ses 450 millions de consommateurs, l’espace communautaire exonère de taxe douanière les colis de moins de 150 euros en provenance de pays hors UE. Cette exonération date de 2010, elle avait été votée afin d’encourager la fluidité douanière.

Une nouvelle taxe sur les petits colis chinois pour financer leur contrôle

La Commission européenne a appelé en février à la suppression de cette exonération qui devrait être effective dans le cadre de la réforme douanière prévue pour 2028. Mais en attendant, la France propose l’entrée en vigueur de «frais de gestion» sur chacun de ces petits colis envoyés depuis la Chine, via des plateformes comme Shein ou Temu.

L’idée est de faire «payer aux importateurs, aux plateformes, et non pas aux consommateurs, un petit montant forfaitaire sur les colis», a expliqué vendredi 25 avril la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. Le montant de cette taxe pourrait être de «quelques euros» par colis ou «quelques dizaines de centimes», a précisé mardi 29 avril la ministre lors d’un déplacement à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Selon le ministre de l'Économie, Eric Lombard, les «Pays Bas sont très intéressés» par cette idée. Le locataire de Bercy espère «réunir le plus vite possible un groupe de pays qui puisse mettre en place cette mesure».

Cette taxe pourrait être appliquée à compter de 2026. L’argent collecté servira alors à augmenter les contrôles sur les colis. «Je veux alerter les consommateurs : c’est à eux de choisir les produits qui respectent l'éthique, la planète et les finances publiques», a indiqué Eric Lombard mardi. «Quand les douaniers ouvrent aujourd’hui les colis, 94% des produits sont non conformes, dont 66% pour dangerosité», a ajouté le ministre de l’Économie. Les produits les plus visés seront ceux contenant des produits cosmétiques ou des médicaments, potentiellement dangereux pour la santé, ainsi que sur la conformité des produits aux normes de sécurité. L’objectif sera également de s’assurer de la valeur des colis afin qu’ils n’échappent pas aux droits de douane, a listé Amélie de Montchalin.

Les noms des produits retirés pour manque de conformité aux règles seront publiés, y compris sur les réseaux sociaux, a ajouté Véronique Louwagie, ministre des PME, également présente à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. La plateforme Shein, qui vend surtout des vêtements à bas prix, a rétorqué dans un communiqué qu'elle «respecte l'ensemble des lois, réglementations et obligations fiscales en vigueur dans chacun de (ses) marchés (...), y compris en France».