Où sont passés les 106 millions d'euros investis par les 490 associés de la société Emeraude Friends ? D'après les informations révélées le 5 avril par Ouest-France, ils se seraient envolés dans un système de Ponzi de grande ampleur. Ce dispositif frauduleux, dont on avait beaucoup parlé au moment de l'affaire Madoff, consiste à motiver une personne à investir dans quelque chose, puis à lui verser des intérêts grâce à de l’argent emprunté à une autre personne. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que les sommes amenées par les nouveaux entrants ne permettent plus de couvrir les intérêts des historiques, faisant s'écrouler la pyramide.

Concernant Emeraude Friends, c'est donc une arnaque à la Ponzi qui est suspectée. La justice devra néanmoins déterminer si le gérant de la société en est à l'origine, ou s'il fait partie des victimes, comme il le prétend. Ce chef d’entreprise parisien, qui réside désormais à Saint-Briac-sur-Mer (Bretagne), fait l'objet d'une plainte pour «faux, usage de faux, escroquerie et blanchiment aggravé» portée par l’avocate Fanny Colin qui représente les 490 associés de la société.

Le gérant se dit lui-même victime d'escroquerie

C'est en 2008 – année de l'affaire Madoff – que l'investisseur breton crée la société civile Emeraude Friends, spécialisée dans la gestion de fonds. Il propose à un «entourage restreint» d’investir avec lui, contre des taux d’intérêt exorbitants, allant jusqu’à 27 %, selon Me Fanny Colin. Si le système Ponzi est suspecté, c'est en raison du nombre d'investisseurs (avocats, comptables, chefs d'entreprise...) venus se greffer. Cette année, pour la première fois, aucun intérêt ne leur aurait été versé. Le gérant, sommé de s'expliquer, serait d'abord resté sourd à leurs sollicitations, avant de finalement leur demander «pardon» par courrier.

Dans cette lettre consultée par Ouest-France, l'homme dit avoir été approché par un courtier basé au Luxembourg après l’ouverture d’Emeraude Friends et avoir cédé à une offre «séduisante». Un «divorce conflictuel» l’aurait ensuite forcé à placer les fonds de l’entreprise chez ce courtier. En février, alors qu'il souhaite fermer la société, l’homme rencontre le courtier à Saint-Briac, lui demande de rendre l’argent, ce que ce dernier accepte. Depuis, plus de nouvelles. Ni de l'argent, ni du courtier, ni du classeur renfermant toutes les preuves.

Un «Ponzi chimiquement pur» selon l'avocate des plaignants

Le chef d'entreprise se dit donc «victime» au même titre que les 490 associés lésés, auxquels il a assuré dans sa lettre : «J’ai apporté et j’apporterai tout mon concours à la police ou à la gendarmerie avec qui j’ai déjà passé de nombreuses heures. Bien que ce sera à l’enquête de le dire, je veux vous assurer dès à présent que je n’ai pas détourné le moindre euro d’Émeraude Friends à mon profit personnel.» Selon Ouest-France, il a lui-même porté plainte pour escroquerie. Mais Fanny Colin ne croit pas à sa version : «On est face à un Ponzi chimiquement pur» est-elle convaincue.