Le 12 juin dernier, un Boeing 878 d’Air India s’est écrasé, quelques minutes après son décollage. Si l’enquête pour connaître les raisons du crash suit toujours son cours, pour le moment, elles restent entourées de mystère. Pour l’instant, l’enquête a établi que l’alimentation en carburant des deux réacteurs a été coupée volontairement quelques minutes après le décollage de l’avion. C’est donc désormais sur les profils des pilotes que l’enquête se concentre. Geste suicidaire ou fatigue excessive ? Selon le Wall Street Journal, c’est la seconde hypothèse qui est pour le moment privilégiée, étant donné les circonstances dans lesquelles travaillent les pilotes civils indiens.

Par ailleurs, les compagnies indiennes pousseraient aujourd’hui les pilotes à réaliser le plus d’heures de vol possible. Les pilotes iraient jusqu’à 35 heures sur sept jours, et 100 heures sur 28 jours, pour répondre à la demande explosive. Et dans le même temps, le repos obligatoire minimal ne serait pas toujours respecté par les compagnies. Un fait régulièrement dénoncé par les syndicats locaux. Ces dix dernières années, le trafic aérien indien a bondi de 80 %, pour dépasser 1,3 million de vols annuels, sans pour autant que le nombre de pilotes en exercice n’augmente, puisqu’il reste limité à environ 7.000.

Des règles de repos mises à mal

Plusieurs plaintes ont été déposées devant la justice pour non-respect des obligations de repos. Et de leur côté, les tribunaux ont confirmé le non-respect de ces règles. Le Wall Street Journal révèle d’ailleurs qu’Air India elle-même a reconnu, dans des déclarations aux autorités, avoir sous-estimé ses vols long-courriers et avoir aussi oublié de garantir des périodes de repos suffisantes aux équipages. Et plus grave : la compagnie aurait autorisé des pilotes à réaliser des vols sans avoir reçu toutes les formations nécessaires.

Face à ces révélations, le régulateur de l’aviation indienne a menacé de sanctionner Air India pour manquements aux règles de prévention de la fatigue et aux règles de la formation. Pour l’heure, les enquêteurs n’ont pas communiqué le nombre d’heures qu’avaient réalisé les pilotes de l’avion qui s’est écrasé en juin dernier. De son côté, l’Association des pilotes de ligne indiens a demandé aux autorités de traiter rapidement la question de la fatigue. «Nous ne sommes pas des machines» a déclaré Anil Rao, son secrétaire général. Enfin, Air India rejette pour le moment ces accusations, et assure dans un communiqué avoir respecté les réglementations.