Le Medef alerte depuis plusieurs mois : projet «suicidaire», perte de compétitivité ou encore «spectacle politique désolant»… le retard pris ces dernières semaines pour construire un budget n’est pas sans conséquence. En marge d’un déplacement dans la Sarthe et en Mayenne ces 7 et 8 janvier où il va rencontrer de nombreux chefs d’entreprise, le patron des patrons, Patrick Martin, a accordé une interview à Ouest-France. Dans un contexte où certains patrons hésitent à investir dans le pays à cause du manque de visibilité économique, Patrick Martin alerte.

A la tête de Téréva qui vient d’inaugurer une plateforme logistique de 38 000 m² en Mayenne, il l’assure : «Aujourd’hui, j’hésiterais à lancer cet investissement tant la conjoncture et l’environnement politique sont devenus incertains.» Déplorant le manque «de visibilité et de perspectives» dans le pays, le patron du Medef regrette certains choix dans le budget comme la taxe des bénéfices grandes entreprises : «La raison aurait commandé (…) de baisser les dépenses, pas d’augmenter les prélèvements», lâche-t-il auprès de Ouest-France, pointant le peu d’économies et surtout un «alourdissement des déficits».

70 milliards de dettes par trimestre

Dans son viseur, la mise en pause de la réforme des retraites alors que, selon lui, «la dette publique s’alourdit de 70 milliards d’euros par trimestre». Et Patrick Martin de fustiger une «forme de fuite en avant de la part des décideurs politiques». Si ces décisions ont des «conséquences pour les entreprises», c’est aussi le cas pour le pays, considère-t-il, ainsi que pour les jeunes. C’est d’ailleurs un de ses mantras de début d’année : «Donner la priorité à la jeunesse». Malheureusement, le patron des patrons considère que dans le budget de l’Etat ou celui de la Sécurité sociale «aucun effort supplémentaire ne lui est consacré».

Au cours de cet entretien, Patrick Martin a notamment déploré le «coup de rabot sur l’apprentissage» qui n’est autre qu’un «camouflet à la jeunesse». Sans oublier la réforme des retraites qui fera «peser cette question sur les générations suivantes». Il l’assure : «Chaque nouveau-né trouve dans son berceau 50 000 euros de dette publique.» Rappelant que le Medef avait formulé treize propositions sur la création de richesses, la formation, le logement ou encore le chômage, Patrick Martin déplore enfin une «glaciation» du dialogue social.

Ceci est en partie dû à l’approche de l’élection présidentielle et aux futurs congrès de plusieurs organisations syndicales. S’il estime que le dialogue doit avoir lieu, il ne veut pas «d’interférences politiques» comme ce fut le cas avec le conclave sur les retraites. Alors que la concurrence internationale se durcit, le patron du Medef urge l’Etat à «crédibiliser» sa parole. Parmi ses griefs, la surtaxe sur l’impôt sur les sociétés, dont il ne sait «toujours pas ce (qu’elle) va représenter».