Déjà redoutés sur le front ukrainien, les drones iraniens Shahed se révèlent désormais particulièrement préoccupants pour les armées occidentales au Moyen-Orient. Ces appareils low cost ont causé des dégâts parfois mortels, comme en témoigne la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces en Irak. Mais comment des drones low cost peuvent-ils échapper aux défenses sophistiquées ?

Invité sur LCI, Paul Pelletier, président de Per Se Systems, fabricant français de drones et d’intercepteurs, livre plusieurs explications. Selon lui, les Shahed sont «des systèmes très difficiles à brouiller». Ces drones thermiques, capables de transporter jusqu’à 50 kg d’explosifs et de voler à très basse altitude, peuvent parcourir jusqu’à 1 700 km. «Pendant ces trajectoires de vol, ils utilisent une centrale inertielle qui leur permet d’avoir une direction et une navigation résistantes au brouillage», explique-t-il. Même lorsque les dispositifs de défense entrent en action, le brouillage peut dévier la trajectoire du drone et exposer des civils à des risques.

La difficulté d’intercepter les Shahed à moindre coût

Les armées disposent toutefois de drones intercepteurs capables de neutraliser l’appareil en détruisant une aile ou un composant essentiel, provoquant sa chute. Cependant, la question centrale reste économique pour les armées occidentales. «Quel est l’intérêt pour une armée occidentale d’envoyer des systèmes qui vont lui servir dans des guerres prochaines ?», s’interroge Paul Pelletier. Car utiliser un missile Patriot à un million d’euros pour abattre un Shahed à 30 000 euros n’est pas viable financièrement, souligne-t-il.

Le président de Per Se Systems salue en revanche l’approche ukrainienne, qui mise sur des drones intercepteurs à environ 4 000 euros chacun, pilotés en série. «Un, deux, trois ou quatre, peu importe», tant que le budget n’est pas dépassé, «on gagne l’équation», explique-t-il. La combinaison de faible coût, maniabilité élevée et résistance aux brouillages rend ainsi les drones Shahed particulièrement difficiles à contrer pour les systèmes de défense traditionnels, posant un défi inédit aux armées modernes.