
Le Salon de l’agriculture approche à grands pas… mais pas de sabot de vaches, taureaux ou de veaux à l’horizon. Les bovins sont les grands absents de cette nouvelle édition 2026. La cause ? La dermatose nodulaire contagieuse (NDC) qui a durement frappé les cheptels dans l’Hexagone et plombé le moral (et les finances) des éleveurs français.
La filière bovine, elle, n’a pas de secret pour Hugo Desnoyer, boucher des stars… et star des bouchers. Ce patron de 54 ans, qui a découvert le métier un peu par hasard, ne fait pas dans la langue de bois. Attaché au bien-être animal, il n’est pas favorable à la présence de bêtes au Salon. Mais il n’oublie pas que pour les éleveurs, l’absence de bovins à cet événement majeur est un véritable coup dur pour leur activité. Travaillant quotidiennement avec eux, il s’inquiète pour l’avenir de l’élevage français, et revient pour Capital sur les différentes problématiques auxquelles ils sont confrontés. Entretien.
Capital : La 62e édition du Salon de l’agriculture commence ce week-end. Êtes-vous impatient ?
Hugo Desnoyer : Je me suis toujours refusé d’aller au Salon de l’agriculture. Il y a 27 ans, j’avais fait les deux premières journées, ainsi que la dernière. Là-bas, j’ai vu les bêtes stresser et maigrir. Depuis, je ne veux plus y aller. Ça se voit que les animaux sont malheureux. Le transport, le monde, la chaleur, le bruit… De retour chez elles, elles mettent des semaines pour s’en remettre, même si les éleveurs les préparent bien en amont. Pour ma part, lorsque les bêtes se rendent dans les abattoirs, j’ai imposé certaines règles pour justement leur éviter de stresser.
A cause de la dermatose nodulaire contagieuse, les bovins sont absents de ce rendez-vous. Pensez-vous que cela aura un impact sur la fréquentation de l’événement ?
A mon avis, le Salon va être déserté. Il ne fera jamais les scores de fréquentation qu’il fait habituellement. Mais cela peut facilement s’expliquer. Les vaches, ce sont les stars. D’ailleurs, tous les ans, ce sont elles qui sont représentées sur les affiches et qui sont mises en avant.
Quelles sont les conséquences pour les éleveurs qui ne peuvent pas venir avec leurs bêtes au salon ?
Il y en a pleins qui sont gênés, embêtés, et déçus. Il faut une année pour préparer les bêtes au concours. C’est un gros travail pour ces animaux d’exception. Quand leurs bêtes se présentent au concours, les éleveurs arrivent à les vendre deux fois plus cher qu’en temps normal. C’est plus que du beurre dans les épinards ! Ils sont capables de doubler leur salaire à l’année sur une bête. Ça aide. Surtout que tout a explosé au niveau des tarifs. Pour les céréales, c’est l’enfer. Concernant ceux avec qui je travaille, ils n’ont pas pour habitude de se rendre au Salon de l’agriculture. Ils font d’autres concours ailleurs en France.

L’élevage français est vent debout contre l’accord signé entre l'Union européenne et le Mercosur. Comprenez-vous cette colère ?
On ne joue pas dans la même cour. Le produit de base est beaucoup moins cher (dans les pays du Mercosur, NDLR) qu’en France. La viande ne coûte rien là-bas. C’est une concurrence déloyale. Tout le monde est pour la concurrence saine, mais il faut qu’elle soit juste.
Pensez-vous que cet accord va directement impacter les éleveurs français ?
Pas dans les premières années, car les volumes sont assez bas. Mais je pense que ça va augmenter progressivement. En tout cas, moi, je ne touche pas à ça. Je reste convaincu de mon travail et de ce que je fais. Ma plus belle récompense, c’est quand quelqu’un me félicite et me remercie.
La production de viande est en baisse en 2025. Quelles en sont les raisons selon vous ?
Déjà, en France, il y a un gros problème de volume. Les cheptels ne se renouvellent pas assez. Et les autres pays mettent beaucoup d’argent pour acheter les jeunes bovins. Comme il y a moins de viande, les prix ont augmenté. Toutefois, ce ne sont pas les éleveurs qui se sont enrichis. Ils ne gagnent pas bien leur vie. Ils se suicident tous les jours et crèvent la dalle ! C’est un métier très dur. Il faut s’occuper des bêtes tous les jours, 365 jours par an, 7 jours sur 7, et 24h sur 24. Vous trimez et vous ne gagnez rien. Il y en a donc de moins en moins qui tentent le métier.
En tant que boucher, êtes-vous touché par un problème d'approvisionnement en viande bovine ?
Non. Je ne ressens pas les effets de la dermatose dans mon activité. Et plus généralement, je n’ai aucun problème d’approvisionnement. Je n’ai jamais eu de manque. J’ai la chance d’avoir 24 éleveurs qui ne travaillent que pour moi. Mais je suis assez atypique dans le métier. J’ai compris depuis longtemps qu’il fallait que je maîtrise ma matière première. Que ce soit en volume, en qualité, en âge, en nourriture, en transport, et à l’abattage.
Comprenez-vous ceux qui appellent, comme le gouvernement, à limiter la consommation de viande ?
Il faut manger moins de viande, mais de meilleure qualité. Moi le premier, je ne mange pas de viande tous les jours.



















