Le gouvernement veut faire plus de 40 milliards d’euros d’économies dans le cadre du budget 2026. Parmi les mesures évoquées par François Bayrou au début de l’été, la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai. Dans un de ses podcasts publiés sur YouTube début août, le Premier ministre a une nouvelle fois défendu cette mesure : «Si on travaille deux jours de plus, alors ça veut dire que le pays tout entier produit plus». Surtout, cela permettait de récupérer 4,2 milliards d’euros dès la première année. Mais alors que la contestation sociale est déjà annoncée par la rentrée, la mesure est toujours aussi contestée.

Interrogé par La Dépêche, le docteur en économie, directeur du département Analyse et Prévision de l’OFCE, Eric Heyer, considère tout simplement qu’il s’agit d’une «hausse d’impôts qui n’en porte pas le nom». Selon l’économiste, «vous demandez aux salariés de travailler deux jours gratuitement» et donc cela revient à leur dire «travailler plus sans gagner plus... sans toucher les recettes de ce travail». Il reproche au gouvernement un double discours, qui consiste à «répéter que le travail doit payer».

Répartir l’effort sur tous les Français

Toutefois, «il demande ensuite aux salariés de travailler deux jours de plus sans être rémunérés», donc «c’est contradictoire». Alors que les salaires n’évoluent pas aussi vite que l’inflation et que les salariés ont perdu 2% de pouvoir d’achat, Eric Heyer estime que la grogne sociale pourrait s’étendre. Il fait le comparatif entre un cadre pour qui «c’est sans doute moins douloureux» et un ouvrier sur un chantier «où l’emploi est physiquement difficile».

D’après lui, «l’effort demandé n’est donc pas le même pour tous». L’économiste juge par exemple qu’un salarié d’une petite entreprise s’en sortira moins bien que celui d’un grand groupe. Celui qui est enseignant également à Sciences Po Paris considère qu’il vaut mieux répartir l’effort sur l’ensemble des citoyens français. Il prend l’exemple des aides qui ont été accordées à tous pendant la pandémie sanitaire et qui n’ont été réclamées qu’à une partie de la population.

«Ce qui est étonnant, c’est d’uniquement le demander aux salariés, les aides ayant été octroyées à tous», constate-t-il. Raison pour laquelle la promesse faite aux Français de ne pas augmenter les impôts est compliquée à tenir. «Les recettes ont baissé et le déficit s’est creusé», déplore-t-il. Il y a quelques jours, la CFE-CGC avait qualifié cette suppression de deux jours fériés d’«arnaque absolue».