C’est une proposition choc, qui fait déjà polémique. Parmi les pistes évoquées mardi 15 juillet par François Bayrou pour réduire le déficit public de 43,8 milliards d’euros, la Premier ministre a notamment proposé la suppression de deux jours fériés dès l’année prochaine. «Il faut que toute la nation travaille plus (…) pour que l’activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l’année, pour que la situation de la France s’améliore», a justifié le locataire de Matignon. François Bayrou a cité en exemple le lundi de Pâques, qui n’a plus «de signification religieuse», et le 8 mai «dans un mois rempli de ponts». Mais le le chef du gouvernement s’est aussi dit «prêt à en accepter ou en examiner d’autres».

Selon le chiffrage du gouvernement, contraindre les Français à travailler deux jours de plus dès 2026 permettrait à l’Etat de réaliser une économie estimée à 4,6 milliards d’euros par an. En revanche, les modalités d’application de cette mesure restent floues puisque François Bayrou s’est contenté d’affirmer qu’elles «seront soumises à la négociation des partenaires sociaux.»

Comment cette mesure pourrait concrètement être mise en place ? Dans une interview accordée ce mercredi 16 juillet à TF1, la ministre chargée du travail Astrid Panosyan-Bouvet a apporté quelques précisions. «On va demander aux Français de travailler deux jours supplémentaires, sans baisse de salaire puisque ces jours leur étaient déjà payés, a-t-elle expliqué. En contrepartie, les entreprises devront s'acquitter d’une contribution versée à l’Etat.»

Un mécanisme similaire à celui de la journée de solidarité

Autrement dit, le mécanisme devrait ressembler à celui de la journée de solidarité, mis en place en 2004. Pour rappel, depuis cette date, la loi a transformé le lundi de Pentecôte, auparavant férié, en journée rémunérée par défaut. L’Etat ne récupère pas l’argent directement auprès des salariés mais via une contribution patronale spécifique, appelée la contribution solidarité autonomie. Les employeurs sont ainsi contraints de verser à l’Etat 0,3% de leur masse salariale annuelle (hors cotisations), ce qui représente 7 heures de travail par salarié.

En revanche, le ministère du Travail, contacté par Capital, a indiqué que le dispositif annoncé par François Bayrou devrait différer de la journée de solidarité sur plusieurs points. D’abord, les recettes générées par la mesure ne seront pas forcément affectées à la sécurité sociale, comme c’est le cas pour le lundi de Pentecôte.

Deux journées entières de travail en plus

Ensuite, les entreprises seront obligées de faire travailler leurs salariés deux journées supplémentaires par an, et ne pourront pas répartir ces 14 heures de travail supplémentaires pour leurs salariés comme bon leur semble. Par exemple, l’employeur n'aura pas la possibilité de demander à ses salariés de travailler quelques minutes supplémentaires chaque jour afin de leur permettre de continuer de chômer durant les deux jours fériés en question.

A noter que le ministère du Travail précise que le montant de la contribution que devront reverser les entreprises à l’Etat pour compenser ces deux jours fériés travaillés par leurs salariés n’est pas encore fixé. Des négociations seront engagées dans les prochaines semaines entre les partenaires sociaux pour fixer les modalités. Précisons pour terminer que la mesure, si elle voit le jour, concerne l'ensemble des salariés, du privé comme du public.