
LMB Aerospace sous pavillon américain. Dans un contexte normal, la transaction serait passée inaperçue. Mais dans un contexte où Donald Trump multiplie les menaces, comme sur le Groenland, l’affaire a pris une tout autre tournure. Décrite comme le fleuron de l’armement français, l’entreprise corrézienne a été utilisée sur le plan politique pour dénoncer la politique du gouvernement, le RN en tête qui ne veut pas que son pays «soit vendu à la découpe», mais également par la France insoumise qui a parlé de «honte». Les Insoumis ont même demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les «dépendances» économiques de la France vis-à-vis des États-Unis.
La polémique a été si importante que le ministre de l’Economie a dû réagir et a été forcé de rappeler que les conditions de vente avaient été «extrêmement strictes». Jusqu’alors, la société était restée silencieuse. Mais dans une interview accordée au Parisien, le patron de LMB Aerospace monte au créneau pour éteindre la polémique et mettre fin à certaines fake news. Installé aux Etats-Unis, Thomas Bernard, qui est installé aux Etats-Unis, dit ne pas comprendre cette polémique. Rembobinant l’historique de la PME française de 80 salariés, il rappelle qu’à l’origine, il s’agissait d’une société belge qui est venue s’installer en France un peu avant la Seconde Guerre mondiale.
Pas de «dépendance» par rapport à ses produits
Une société familiale appartenant à des Belges jusqu’en 1987, où elle va être rachetée une première fois par des Américains. Elle sera ensuite revendue à des particuliers cinq ans plus tard, avant d’être cédée à un autre groupe industriel américain (Honeywell), rappelle à nos confrères Thomas Bernard. Puis, il y a eu des fonds d’investissement qui ont fait grandir la société désormais à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Au total, LMB a même été «dix-sept ans américaine sur les quarante dernières années».
En outre, selon Thomas Bernard, sa société a travaillé «huit mois avec la DGA en toute transparence» afin de mener à bien la vente. LMB a même discuté du projet avec ses clients et «les conditions ont été mises pour la vente qui ne sont pas inférieures à ce que demandait la DGA», assure le patron. Surtout, il ne comprend pas l’argument de la souveraineté française mis en avant ces derniers jours : «Il n’y a pas de dépendance de l’industrie de défense française à nos produits. C’est flatteur quand on entend que LMB est le fleuron, la pépite de l’industrie de l’armement. Mais arrêtons tout ça», lance-t-il.
Plus aucune livraison pour le char Leclerc ou le Charles-de-Gaulle
Enfin, Thomas Bernard revient sur les informations selon lesquelles LMB Aerospace livre de nombreux fleurons de l’armement. «Quand je lis que nous sommes un fournisseur stratégique sur Rafale, c’est complètement faux. Sur cet avion, on a une seule référence», commente-t-il, avant de préciser que l’entreprise n’a plus rien livré pour le char Leclerc depuis 25 ans, idem pour la fourniture de matériel pour les sous-marins nucléaires et le porte-avions Charles-de-Gaulle depuis huit ans.
Le dirigeant souligne qu’il n’existe aucun brevet sur les produits et qu’ils sont utilisés «indifféremment pour des applications civiles comme militaires». Enfin, il ne comprend pas l’intervention de l’Etat alors que la PME recherchait seulement un repreneur lui laissant «une totale autonomie». Selon lui, seules des entreprises américaines ont montré un intérêt afin qu’elle «s’engage à développer les activités sur site et en Europe».


















