
Dès le début de son pontificat, il a voulu s’attaquer à l’un des plus grands tabous de l’Église. Élu en 2013, Jorge Bergoglio, devenu le pape François, avait inscrit la moralisation des finances du Vatican au cœur de sa mission. Taxé par certains de «pontife marxiste» pour ses prises de position contre les excès du capitalisme, il entendait lutter contre la corruption, les conflits d’intérêts et l’opacité qui rongeaient l’administration vaticane, rappelle le quotidien belge L'Écho.
Il avait hérité d’une situation complexe, laissée en partie par Benoît XVI, dont la démission fut motivée par l’incapacité à réformer un système jugé ingérable. En 2014, François nomme le cardinal australien George Pell à la tête du tout nouveau Secrétariat pour l’économie, afin de remettre de l’ordre dans une structure alors dotée de quelque 5 000 biens immobiliers et confrontée à une baisse significative des recettes.
Des réformes concrètes mais freinées de l’intérieur
Parmi les mesures les plus notables : une réforme des retraites et la volonté d’introduire une gouvernance plus managériale. En 2024, il confie au cardinal Kevin Farrell la direction du Fonds de pension du Vatican, avec une mission claire : redresser des comptes déficitaires. François appelle alors à des décisions «difficiles», en invoquant la solidarité des 4 500 employés du Vatican face à un système vieillissant et opaque.
Mais selon Vittorio V. Alberti, philosophe et enseignant à l’Université pontificale grégorienne de Rome interrogé par nos confrères, les résultats restent mitigés. Si le motu proprio de 2020, encadrant les marchés publics du Vatican, marque une avancée juridique importante, les résistances internes perdurent. Le scandale de l’immeuble londonien, acheté 350 millions d’euros puis revendu 217 millions, incarne à lui seul les limites de la réforme.
La banque du Vatican, vitrine des contradictions
L’Institut pour les œuvres de religion (IOR), surnommé «la banque du Vatican», illustre parfaitement les tensions entre tradition et modernisation. Son président depuis 2014, Jean-Baptiste de Franssu, découvre que certains placements de l’IOR concernent des secteurs contraires à la doctrine catholique : armement, biotechnologies liées à l’avortement… Il engage alors une réorientation des investissements.
Malgré ces efforts, le bénéfice net de l’IOR en 2023 s’élève à 30,6 millions d’euros, bien en deçà des 86,6 millions enregistrés en 2012. La fermeture de 4 800 comptes suspects dès 2015 reste l’un des rares résultats tangibles de la lutte contre le blanchiment. En parallèle, le Vatican a signé un accord de coopération fiscale avec l’Italie, afin de renforcer sa transparence financière.


















