«La plus grande vigilance est de mise» pour l'économie européenne face à la guerre au Moyen-Orient, a indiqué jeudi 2 avril le gouverneur de la Banque de France, soulignant que la situation était aujourd'hui «plus proche du scénario intermédiaire défavorable» que du «scénario de base» envisagé en mars par la BCE. «La prolongation du conflit est évidemment négative. Nous sommes, aujourd'hui 2 avril, plus proches du scénario intermédiaire défavorable que du scénario de base retenu par la BCE le 19 mars», a souligné François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), lors d'une conférence à Sciences Po Paris.

Lors de sa dernière réunion, le 19 mars, la BCE avait publié de nouvelles projections à l'horizon 2028. Elle avait étudié trois scénarios, en fonction de la durée et de l'intensité du conflit. Dans son scénario de base, un choc significatif mais temporaire, elle revoyait à la baisse sa prévision de croissance pour la zone euro à 0,9% pour 2026, contre 1,2% en décembre.

Les anticipations d’inflation grimpent

Dans son scénario intermédiaire, plus défavorable, elle anticipait une diffusion plus large du choc, avec des effets de second tour (une généralisation de la hausse des prix), et des prix du pétrole atteignant 119 dollars par baril au deuxième trimestre 2026. Elle prévoyait alors une croissance de 0,6% et une inflation de 3,5% pour 2026 dans la zone euro. Concernant l'inflation, les chiffres de mars pour la zone euro et la France, publiés mardi, «confirment un fort effet de premier tour», mais l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) «est conservée à ce stade bien maîtrisée», a souligné M. Villeroy de Galhau.

«Pour autant, la plus grande vigilance est de mise» car, notamment «les anticipations d'inflation des marchés ont fortement monté», et «nous n'avons pas encore celles des entreprises et des ménages», a-t-il dit. Dans l'ensemble de la zone euro, l'inflation a grimpé à 2,5% sur un an en mars, contre 1,9% en février. En France, l'indice des prix à la consommation harmonisé (qui permet les comparaisons entre les différentes inflations de la zone euro) a augmenté de 1,9% sur un an en mars, après 1,1% en février.

La BCE a maintenu en mars son principal taux d'intérêt directeur à 2%. Pour M. Villeroy de Galhau, «il est très prématuré d'anticiper un calendrier de hausse des taux de la BCE». Mais «à l'évidence, le prochain changement de taux directeurs a désormais de fortes chances d'être à la hausse».